Données récentes concernant l’évolution climatique
Le climat sur la terre évolue constamment, lors des saisons à l'échelle d’un cycle annuel, et en fonction de mécanismes oscillatoires qui agissent à plus long terme. Au niveau du globe, le réchauffement du climat au cours des 100 dernières années est estimé être proche de + 0,7°C, et, sur la période 1995 à 2006, onze des douze dernières années – l’exception étant 1996 - se classent parmi les douze ans les plus chauds de la série de mesures depuis 1850 (1). Au cours du siècle passé, ce réchauffement a été plus élevé aux hautes latitudes du nord. En effet, la moyenne des températures a augmenté presque deux fois plus vite en Arctique par rapport au reste du monde. Dans l’hémisphère nord, l’augmentation de la température de l'air de surface a été surtout enregistrée en hiver et au printemps (de janvier à juillet).
Le climat arctique reste cependant très variable, à cause de changements dans la circulation atmosphérique et dans les courants marins. Entre 1925 et 1945, une période arctique chaude légèrement plus longue et presque aussi chaude qu’aujourd’hui a été observée. Actuellement, il existe des secteurs qui se réchauffent plus vite que d’autres, mais aussi de rares secteurs qui se refroidissent : entre 1979 et 1997, si la température de l’air de surface de l’Océan Arctique a eu tendance à augmenter pendant la période hivernale de 1°C par décennie dans l’est, elle a baissé de 1°C dans l’ouest. Au contraire au printemps, un réchauffement significatif a été noté dans presque tout l’Océan Arctique, jusqu’à + 2°C par décennie dans l’est de l’Arctique. A cet endroit, une tendance à l’allongement de la saison de fonte de la glace de mer a aussi été observée (2).Nous avons donc à faire à un changement climatique non homogène.
En ce qui concerne les précipitations, à cause d’un réseau de contrôle peu dense qui offre des séries de relevés courtes, il est difficile d’évaluer avec confiance les variations spatiales et temporelles dans l’Arctique. Les observations recueillies dans le nord du Canada suggèrent un accroissement des précipitations de l’ordre de 20% au cours des 40 dernières années. L’augmentation des vents du sud dans la mer de Norvège en hiver et la pénétration des cyclones venant de l’Atlantique dans les mers de Barents, de Kara et de Laptev accroissent les flux d’humidité et les précipitations en automne et en hiver, notamment dans la zone comprise entre 10°W et 50°E (2). L’augmentation des pluies hivernales, qui tombent sur le dessus de la neige, provoque une fonte plus rapide de cette neige, phénomène qui peut être suivi de la formation d’une croûte de glace (3). Ces événements de pluie sur neige ont augmenté de façon significative dans presque tout l’Arctique, et par exemple de 50% en 50 ans dans l’ouest de la Russie.
Depuis les premières observations par satellites obtenues en 1979, on assiste à une baisse significative de l’étendue de la glace de mer en Arctique. Cette évolution est vue comme une combinaison d'une variabilité naturelle importante dans le système de couplage glace-océan-atmosphère et des effets du forçage thermodynamique associé aux concentrations grandissantes des gaz à effet de serre. Au début des relevés, la glace de mer couvrait environ 16,4 millions de km² en mars et 7,5 millions de km² en septembre. Entre 1979 et 2006, cette surface s'est réduite en moyenne par décennie de 2,8% en mars et de 8,6 % en septembre, avec un minimum de 5,6 millions de km² relevé en septembre 2005 (4). Contrairement à toute attente, une perte supplémentaire de 1,5 millions de km2 de glace équivalente à 3 fois la surface de la France a de nouveau été enregistrée au cours du seul été 2007 (5).
Ce déclin est associé à des processus thermodynamiques (changements dans la température et la pression de l’air de surface) et dynamiques (modifications de la vitesse de déplacement de la glace de mer en réponse aux vents et courants océaniques). Si l’on compare les périodes 1979-88 et 1989-98, on constate que la moyenne de la pression atmosphérique au niveau de la mer a baissé de 3 hecto-Pascal sur le centre de l’Océan Arctique. L’analyse des trajectoires d’un réseau de bouées dérivant sur la banquise a montré que la vitesse de déplacement de la glace est sous l’influence de l’étendue et de la location du système anticyclonique centré sur la mer de Beaufort, dans l’ouest de l’Océan Arctique, et du courant de dérive transpolaire qui expulse la majorité de la glace arctique vers l’Atlantique Nord au travers du détroit de Fram, entre le Svalbard et le Groenland (6).
La dérive transpolaire à travers l’Océan Arctique a entraîné la goélette Tara, sur plus de 5000 km en un peu plus de 500 jours, à une vitesse plus élevée que prévue. Ceci pourrait être du à un changement d’orientation et de force des vents. Il est également vraisemblable que la glace en devenant plus mince, soit aussi devenue plus mobile et plus facilement entraînée par les vents. De plus de 3 m d’épaisseur moyenne il y a 20 ans, l’épaisseur moyenne de la banquise est désormais de 1,5 m. Aujourd’hui, il a été constaté une diminution des glaces anciennes pluriannuelles au profit des jeunes glaces de l’année (5).
Afin de caractériser et de comprendre les différents mécanismes qui interviennent dans ces changements climatiques, les scientifiques utilisent des indices (7). L'Oscillation Arctique est un système de bascule utilisé pour la région arctique dans lequel la pression atmosphérique au pôle et aux latitudes moyennes fluctue entre des phases négatives et positives. La phase négative apporte une pression plus haute que la normale sur la région polaire, et une pression plus basse que la normale à environ 45 degrés de latitude nord. Apportant des conditions opposées, la phase positive dirige des tempêtes océaniques beaucoup plus au nord et apporte des conditions plus humides en Alaska, Ecosse et Scandinavie, et des conditions plus sèches à des zones comme la Californie, l'Espagne et le Moyen Orient. A plus grande échelle, l'Oscillation Atlantique Nord est un système de bascule qui, dans sa phase positive, se trouve associé à des tempêtes plus fréquentes et plus intenses dans le nord de l'Océan Atlantique Nord, à des hivers plus chauds et humides en Europe, et à des hivers plus secs et froids au Groenland et dans le nord du Canada.
Dans ce qui suit, nous allons nous intéresser aux impacts réels et potentiels du changement climatique actuel sur la biologie des mammifères qui vivent dans le milieu arctique. Nous évoquerons d’abord le mode de vie de ceux qui sont adaptés aux conditions imposées par l’évolution saisonnière de l’écosystème marin. Nous traiterons ensuite du cas particulier de deux ongulés, à savoir le caribou et le bœuf musqué.
Cas des mammifères marins inféodés à la glace de mer
Les changements climatiques actuels se répercutent déjà sur l’environnement marin, au travers d’une augmentation de la température, d’un accroissement du niveau des mers et d’une chute de l’étendue de la couverture de glace de mer. Ces effets peuvent directement affecter la biologie des espèces marines, notamment en réduisant l’accès aux sites d’échouage pour les phoques. Des effets indirects sur la faune sont aussi prévisibles, par l’intermédiaire de changements dans la distribution, l’abondance et les modalités de migration des espèces proies, dans la structure des communautés, et dans leur susceptibilité aux maladies et aux contaminants. Au sein de l’Océan Arctique, par l’intermédiaire du réseau trophique, les relations qui lient les espèces les unes aux autres sont très simplifiées. Sous la glace de mer, par exemple, se développent des algues microscopiques qui servent de nourriture au plancton, qui à son tour est mangé par la morue. Les phoques se nourrissent de morue, et en haut de la chaîne alimentaire, ils constituent la principale proie de l’ours polaire. Du fait de cette simplification de la chaîne alimentaire dans l’Arctique, tout changement à un niveau de la chaîne peut donc avoir d’importantes répercussions sur le reste de cette chaîne. Par voie de conséquence, de façon ultime, une baisse de la disponibilité des ressources alimentaires pour les ours se répercutera sur leurs conditions corporelles, leur succès reproducteur, et même parfois sur leur taux de mortalité (8, 9).
L’ours polaire
Les phoques
Les narvals
Les morses
Les baleines
Etudes consacrées à l’ours polaire
De nombreux travaux de recherche ont été consacrés à l’ours polaire. Cette espèce, en faible densité sur l’ensemble de l’Arctique circumpolaire, se répartit au plan mondial en 19 populations qui se mélangent peu. Quatorze d’entre elles vivent au Canada, ou sont partagées avec l’Alaska ou le Groenland, pour un effectif estimé à 15 000 individus sur un effectif total voisin de 25 000 individus. Dans un rapport du comité sur la situation des espèces en péril au Canada (10), cette espèce emblématique, de grande importance culturelle et économique pour les Inuits, est classée dans la catégorie « préoccupante ». Son aire de répartition s’étend du nord au sud, des îles de l’Arctique canadien et la côte ouest du Groenland jusqu’à la baie James, et d’ouest en est, de l’Alaska au Labrador et à Terre Neuve. La chasse a été généralement considérée comme la principale menace, à cause du faible taux de reproduction des ours (11). Les autres facteurs affectant les effectifs actuels d’ours polaire incluent la disponibilité de la nourriture et les fluctuations de l’environnement naturel.
L’habitat préféré des ours polaires est la jeune glace de mer sur le plateau continental et dans les archipels entre les îles qui encerclent le bassin polaire. Cependant, quelques populations de haute latitude (Chukchi, Beaufort) se replient durant l’été sur la glace de mer pluriannuelle (11). Depuis 1978, le déclin de la glace pluriannuelle est d’environ 9% par décennie. La partie est de la baie d’Hudson et le Labrador se sont refroidis entre 1950 et 1990, alors que dans la partie ouest de la baie d’Hudson, la débâcle de la banquise a été avancée de 2-3 semaines en 30 ans. Une tendance à un dégel plus précoce et/ou à un regel plus tardif est notée dans d’autres zones où les ours trouvent un refuge saisonnier, comme dans le bassin de Foxe ou le sud-est de l’île de Baffin. Il a été remarqué que les ours abandonnent la glace de mer pour la terre quand sa surface passe en dessous de 50%. Ce comportement est à relier au déclin de leur succès de chasse aux phoques, et à l’augmentation de leurs dépenses énergétiques pour se déplacer à l’intérieur de la glace de mer fragmentée par rapport aux déplacements plus aisés sur de la glace consolidée.
Dans l’est de la mer de Beaufort et dans le golfe d’Amundsen, les recherches sur les ours polaires et leurs interactions avec les phoques et l’état de la glace de mer ont débuté en 1970 (12). L’analyse des déplacements des animaux capturés et marqués ainsi que le suivi de femelles munies de collier émetteur a permis de distinguer deux populations, une habitant le rivage ouest de l’île de Banks et le golfe d’Amundsen et l’autre la côte continentale depuis environ les îles Baillies situées au Canada jusqu’à l’ouest de Barrow en Alaska. Avant l’établissement de quotas au Canada en 1968 et la suspension de la chasse à l’ours polaire en Alaska en 1972 (sauf une chasse de subsistance pour les autochtones), ces populations étaient surexploitées. Grâce à ces mesures de protection, elles se sont bien rétablies.
D’importantes baisses dans la productivité des phoques annelés ont été plusieurs fois enregistrées au milieu des années 1970 et 1980, à la suite de conditions de glace épaisse. Chaque épisode a duré environ 3 ans, avec des baisses similaires dans la natalité des ours polaires et dans la survie des jeunes adultes. En effet, les ours capturent surtout des jeunes phoques de l’année (jusqu’à 80% des prises) qui naissent en avril. Les jeunes phoques sont sevrés à l’âge de 6 semaines quand ils ont à peu près 50% de graisse. Le succès de capture des ours sur les phoques détermine leur capacité d’accumuler des réserves corporelles nécessaires à leur survie, à leur reproduction, et à l’alimentation de leurs oursons durant le reste de l’année. En réponse à des facteurs océaniques et climatiques, à partir de 1989, un changement s’est produit à l’échelle décennale dans les fluctuations des conditions de glace en mer de Beaufort . Ce changement s’est traduit par moins de vent anticyclonique au dessus de l’Océan Arctique, et par un minimum d’extension de la glace, et, par voie de conséquence, par une plus grande surface d’eaux libres dans le sud de la mer de Beaufort. Durant le printemps 1999, suite à une débâcle précoce inhabituelle de la glace de mer, une mortalité additionnelle des bébés phoques a été enregistrée dans quelques zones situées à l’est du golfe d’Amundsen.
A la fin de l’été, le long de la côte continentale de l’Alaska et du nord-ouest du Canada, la mer peut être libre de glace jusqu’à 250-300 km vers le large, ou certaines années, sur quelques km seulement. A cause de la présence constante de glace pluriannuelle vers le nord, les ours de la mer de Beaufort peuvent se déplacer loin au large pour rester sur la glace pendant la saison des eaux libres, en été et en automne. Ils ne sont donc pas obligés de venir à terre pour jeûner sur leurs réserves de graisse pendant de longues périodes comme le font les ours de la baie d’Hudson ou du sud-est de l’Ile de Baffin (12). Dans certains secteurs de la partie nord-ouest de l’archipel canadien et de la mer de Beaufort, les femelles établissent des tanières de mise bas dans des congères sur la banquise fixe attachée à la terre mais aussi sur le pack de glace pluriannuelle qui dérive. La première mention de l’existence d’une tanière maternelle au large sur la banquise remonte seulement au milieu des années 1970 (13). Une analyse de la distribution spatiale de tanières maternelles occupées par 89 femelles équipées de balise radio entreprise en Alaska a été montré que la proportion des tanières établies sur le pack a baissé de façon très significative entre 1985-1994 et 1998-2004 (62% contre 37%). Parmi les tanières établies sur le pack, un moins grand nombre a été trouvé après 1998 dans l’ouest de la mer de Beaufort. Ce changement dans la distribution des tanières est attribué à une réduction de la stabilité de la glace ancienne, à l’augmentation de la glace non consolidée et à l’allongement de la saison de fonte. On assisterait donc à une réduction de la disponibilité et de la qualité de l’habitat des tanières dans le pack. Par voie de conséquence, l’augmentation de la proportion des tanières dans les zones côtières pourrait entraîner une compétition accrue pour les sites propices situés à terre. Si le retrait de la glace loin des côtes de l’ouest de l’Alaska empêche malgré tout les femelles en gestation qui s’alimentent en haute mer de rejoindre les côtes en automne, elles seraient obligées d’installer leur tanière dans des habitats détériorés dans le pack de glace, ce qui aboutirait à une baisse probable de leur succès reproducteur (14).
Il est possible que des ours perdent le contact avec le corps principal de la glace dans la limite sud du pack à cause d’une diminution de l’épaisseur de la glace et de l’augmentation des vents qui entraînent les plaques de glace au large : ceci s’est déjà produit dans le sud-ouest du Groenland et près de Terre Neuve (11). Lors de recensements aériens de baleines boréales dans la mer de Beaufort en Alaska, les observations occasionnelles d’ours entrain de nager sont notées de façon systématique (15). De 1987 à 2003, 315 individus ont été observés en septembre, tous étant en vie : 12 ours (soit 3,8%) nageaient en eaux ouvertes, c’est à dire au nord à plus de 2 km de la côte ou des îles associées. Par contre en septembre 2004, sur 51 individus vivants observés, 10 ours nageaient en eaux ouvertes (soit 19,9%), en moyenne à 8 km de la terre ferme et à 177 km du bord sud de la banquise. De plus, pour la première fois, 4 carcasses ont été vues en eaux ouvertes, en moyenne à 54 km de la terre ferme.
Au fur et à mesure de la fonte de la banquise, il est donc envisageable que de plus en plus d’ours soient victimes d’une mortalité due à la nage au large avant de pouvoir regagner la terre ferme.
La population d’ours de la côte ouest de la baie d’Hudson est confinée en été dans une zone restreinte quand la baie est libre de glace. Isolés de leurs proies, les ours doivent alors compter sur leurs réserves de graisse pour environ 4 mois (de juillet à novembre). Les femelles en gestation peuvent rester sans apport de nourriture pendant 8 mois car elles doivent rester à terre dans leur tanière maternelle et nourrir leurs petits jusqu’au début du printemps. Au cours des 50 dernières années, la température de l’air a augmenté de 2-3°C dans cette région. Récemment, beaucoup plus d’ours ont été vus aux abords de la ville de Churchill et autour des communautés Inuits le long de la côte du Nunavut. Cette évolution a été interprétée par certains comme étant la conséquence d’une augmentation de densité, ce qui a abouti à une hausse des quotas de chasse en 2005. Sur la base de captures d’ours polaires entreprises depuis des hélicoptères entre la communauté de Churchill et la rivière Nelson au Manitoba, et sur la base du suivi de leur devenir sur l’ensemble de la côte ouest de la baie d’Hudson, le service canadien de la faune sauvage a en fait mis en évidence une chute de l’effectif de cette population (d’environ 1200 individus à 950, de 1987 à 2004) (16). La survie des ours d’âge compris entre 5 et 19 ans est restée stable. Par contre une baisse de la survie des jeunes, des sub-adultes, et des adultes sénescents a été enregistrée. Cette baisse de survie se trouve reliée à la date de fonte printanière de la glace de mer : il existerait donc un lien de cause à effet entre fonte plus précoce de la glace de mer et diminution de survie de ces trois classes d’âge. Cette précocité de la fonte printanière de la glace est aussi une explication probable de l’augmentation des interactions entre l’homme et les ours polaires dans les années récentes. Beaucoup d’ours, surtout les sub-adultes, ont épuisé leurs graisses corporelles avant le regel et, ayant faim, ils recherchent de la nourriture de substitution : près d’une centaine d’ours « à problèmes » ont ainsi été éliminés dans les environs de Churchill par le département de la conservation du Manitoba.
Etude spécifique consacrée aux effets possibles du réchauffement climatique sur cinq populations d’ours de l’Arctique canadien
Elle a été entreprise entre 1978 et 2004 sur les populations d’ours de l’ouest et de l’est de la baie d’Hudson, de la baie de Baffin, du bassin de Foxe, et du détroit de Davis. La délimitation de ces populations repose sur l’analyse des mouvements d’ours bagués, sur le suivi de femelles équipées de collier émetteur, et sur des études génétiques. Pour le détroit de Davis, la limite est correspond à la limite maximum de la glace en hiver et la limite sud correspond à la pointe sud du Labrador. A la seule exception de l’est de la baie d’Hudson, les chasseurs Inuits ont signalé avoir vu une plus grande quantité d’ours polaires près des agglomérations pendant la saison des eaux libres. Comme souligné un peu plus haut, ces observations interprétées comme des preuves de croissance d’effectifs ont entraîné une hausse des quotas de chasse. Mais, comme pour la population d’ours de l’ouest de la baie d’Hudson, les données de capture indiquent que la population de la baie de Baffin est plus susceptible d’avoir décliné que d’avoir augmenté.
Les observations de satellites ont été utilisées pour déterminer la date à partir de laquelle la couverture de glace de mer baisse à 50% dans chaque zone. Les résultats témoignent de variations considérables entre les années, tout spécialement au niveau régional, mais avec un signal fort vers une diminution d’extension de la couverture de glace de mer. Dans l’ouest de la baie d’Hudson, il existe ainsi une tendance significative pour une débâcle de plus en plus précoce, avec 7 à 8 jours d’avance en moyenne par décennie, la débâcle la plus précoce ayant eu lieu en 2003 (J145) mais étant suivie l’année suivante par une débâcle tardive (J184). Grâce à l’immobilisation dans cette région d’un nombre important d’individus par an, le poids et la condition physique automnale des femelles adultes isolées (sans doute en état de gestation) ont été estimés de 1980 à 2004. Au cours de cette période, on assiste à une chute de leur poids moyen d’environ 65 kg (de 295 à 230 kg). De manière générale, aucune femelle de moins de 190 kg n’est accompagnée de jeune le printemps suivant. Si le climat continue à se réchauffer au rythme actuel, il est donc vraisemblable que la majorité des femelles de l’ouest de la baie d’Hudson ne produira plus de jeunes dans les 20 ou 30 ans prochains. Celles qui en produiront auront un poids corporel en baisse, et le poids de leurs jeunes et leur chance de survie baisseront aussi.
Comme nous l’avons vu pour les ours de la mer de Beaufort et du golfe d’Amundsen, parmi les autres facteurs susceptibles d’être impliqués dans la condition physique des ours de l’ouest de la baie d’Hudson, l’accent a aussi été mis sur la réduction du succés de reproduction des phoques annelés (survie réduite de leurs jeunes, et baisse du taux de gestation des femelles adultes). Grâce à un accès sur une période plus longue à la morue arctique, une débâcle précoce et une augmentation de durée de la saison d’eaux libres peuvent initialement être bénéfiques pour la croissance et la reproduction des phoques. Cependant, à long terme, une tendance continue à une débâcle précoce peut s’avérer désavantageuse: les bébés phoques sont alors forcés d’aller de plus en plus tôt en eaux ouvertes, et en conséquence sont susceptibles d’être plus exposés à la prédation et aux défis thermiques.
Comme dans l’ouest de la baie d’Hudson, il existe une tendance significative à une débâcle plus précoce de la glace de mer dans le bassin de Foxe et dans la baie de Baffin, avec 6 jours d’avance en moyenne par décennie. L’estimation de la taille de ces deux populations d’ours remonte à 1996-97, avec environ 2100 individus dans chaque cas. C’est sur cette base que les quotas de chasse ont été attribués. Par suite de l’augmentation du nombre d’ours vus, ces quotas ont récemment augmenté. En incorporant le prélèvement en augmentation du Nunavat, l’estimation est au bas mot d’environ 200 ours tués par an en baie de Baffin, le double de ce qui a été estimé supportable en 1997. Il est donc très vraisemblable que ces populations soient en phase de croissance, mais on ne dispose pas de données sur la tendance en nombre, sur le taux de reproduction, ou sur la distribution des phoques ou des autres proies potentielles.
Dans le détroit de Davis, il existe de fortes variations entre les années dans la date à laquelle la couverture de glace de mer atteint 40%, sans tendance significative pour la période considérée. Le statut de cette population d’ours qui est partagée par le Nunavut, le Labrador, le Québec et l’ouest du Groenland demeure inconnu. On note cependant que le succès de capture des ours par hélicoptère a presque doublé entre 1975-79 et 1991-94, ce qui est un indicateur relativement fiable que la population n’est pas surexploitée. Dans cette région, les effectifs de phoques du Groenland et de phoques à capuchon ont significativement augmenté de la fin des années 1970 au début des années 1990. Ces deux espèces sont beaucoup moins méfiantes et de plus grandes tailles que les phoques annelés. Contrairement aux autres populations, les ours du détroit de Davis ont donc pu bénéficier de bonnes conditions d’alimentation cette période. Au sud du Labrador, les phoques du Groenland constituent 90% du régime alimentaire des ours ; on note la plus forte proportion de phoques à capuchon dans le régime des ours qui fréquentent le nord du détroit de Davis. Entre 1993 et 2002, une réduction significative de la couverture de glace et une réduction rapide de la glace de mer au printemps ont eu lieu, ces événements étant corrélés avec une augmentation de la mortalité des bébés phoques. Il est donc probable que la population des ours du détroit de Davis n’augmente plus. A terme, elle pourrait être affectée par un déclin possible des populations de phoques si le climat continue à se réchauffer comme prévu.
Dans l’est de la baie d’Hudson, la condition des ours semble avoir décliné entre 1984-86 et 2000-04, mais le statut et la tendance démographique de cette population restent inconnus. Il n’a pas été signalé d’augmentation du nombre d’incidents avec les ours, mais la région ne compte qu’un seul village Inuit (Sanikiluaq, Belcher Islands
).
Etudes consacrées aux phoques
Le phoque annelé est sans doute le mammifère marin le plus abondant et le plus largement distribué dans l’Océan Arctique. Inféodée à la glace de mer, cette espèce est susceptible d’être fortement affectée par les conditions climatiques actuelles, notamment au travers d’une modification de ses capacités de reproduction. Pour tester cette hypothèse, une estimation de la date de naissance de phoques prélevés par les chasseurs Inuits a été conduite dans l’ouest de la baie d’Hudson (18). Les données météorologiques susceptibles d’influencer le devenir des phoques ont été analysées : il s’agit des moyennes printanières (avril – mai) journalières de l’épaisseur de neige, des chutes de pluie et de neige, et de la température, ainsi que la date de la débâcle de la glace de mer. L’indice NAO de l’hiver précédent a également été utilisé (il s’agit de la différence normalisée de la pression atmosphérique de surface pour décembre à mars entre le Portugal et l’Islande). Les chutes de neige et le recrutement des phoques annelés ont varié d’un niveau plus bas que la moyenne dans les années 1970 et les années 1990, et plus haut que la moyenne dans les années 1980. Avant les années 1990, le recrutement (nombre de jeunes produits par adulte) des phoques semble relié à la date de la débâcle de printemps, variable qui est elle-même corrélée à l’indice NAO. Le manque de neige en avril - mai, notamment si son épaisseur est inférieure à 32 cm, en association avec une débâcle printanière précoce de la glace de mer, se traduit par une chute significative dans les capacités de renouvellement des phoques.
La chasse au phoque du Groenland effectué par le Canada et le Groenland représente le plus important prélèvement de mammifères marins au monde. En effet, cette espèce est très abondante dans l’Atlantique Nord-Ouest, un effectif de près de 6 millions d’individus ayant été estimé en 2005. Au cours des dernières années, on a assisté à un mauvais état des glaces dans le golfe du Saint-Laurent et au large des côtes est de Terre Neuve et du Labrador : alors que depuis 1969 la couverture de glace varie de façon cyclique en fonction des années, neuf des onze années comprises entre 1996 et 2006 ont été caractérisées par une moyenne de couverture de glace en dessous de la moyenne (19). Cette réduction dans la couverture de la glace de mer durant les premières et secondes semaines de mars a coïncidé avec le pic de naissance des nouveau-nés pour le phoque du Groenland, et a précédé le pic des naissances pour le phoque à capuchon. Ces conditions ont réduit le succès de reproduction des 2 espèces de phoque, notamment à cause de taux accrus de mortalité néonatales, et de changements dans la disponibilité alimentaire pour les nouveau-nés. Une détérioration de cet état des glaces encore bien plus importante et une dérive inhabituelle des glaces du sud du golfe du Saint-Laurent ont eu lieu en 2007, ce qui a entraîné une mortalité extrêmement élevée des nouveau-nés (20). Si dans l’ensemble du golfe et au large du cap Breton 140 000 phoques avaient été prélevé en moins de 5 jours de chasse en 2006 (152% du quota autorisé), au début mai 2007, après environ un mois de chasse, les prélèvements concernaient un total de 61 400 phoques (soit seulement 89% du quota autorisé) .
Etudes sur le narval
A l’échelle mondiale, la plus grande concentration de narvals se trouve en baie de Baffin. Tout en restant toute l’année dans l’Océan Arctique, cette espèce effectue de vastes migrations saisonnières, depuis le haut Arctique en été jusqu’à la limite du pack dense du bas Arctique où environ 50 000 individus hivernent. Les narvals arrivent de façon prévisible sur leurs secteurs d’hivernage entre fin octobre et début novembre et repartent vers le nord en avril. Les données de suivi d’individus équipés de balise montrent que trois sous - populations utilisent en hiver deux secteurs bien distincts en baie de Baffin (au nord et au sud). Leur comportement alimentaire est intense durant tout l’hiver, mais leur stratégie diffère d’un secteur à l’autre. Contrairement à la majorité des régions de l’Arctique, la baie de Baffin a tendance à accueillir de façon significative des concentrations de glace de mer de plus en plus fortes (+ 7,5% par décennie au cours de la période 1979-1996). Les prédictions des modèles climatiques pour les 50 ans prochains vont dans le même sens. La baie de Baffin est donc l’une des quelques zones où la concentration et l’épaisseur de la glace de mer aura tendance à encore augmenter. Lors de brusques changements des conditions météorologiques (gel très rapide des fissures et crevasses empêchant les narvals de venir respirer en surface), de nombreux témoignages signalent qu’un grand nombre d’individus peuvent rester emprisonnés sous la glace de la banquise côtière. Aucune observation similaire n’existe pour les narvals séjournant sous la banquise du large, à cause de son accessibilité très réduite. Grâce aux clichés de satellites obtenus entre novembre et avril sur la période 1978 à 2001, il a été possible de retracer l’évolution des concentrations de glace de mer dans les deux secteurs d’hivernage des narvals (21). Une tendance à la baisse de la fraction d’eaux libres, couplée à une plus grande variabilité entre les années, a été mise en évidence dans les deux secteurs. Moins de 3% d’eaux libres sont disponibles aux narvals entre mi-janvier et mi-avril, un minimum de 0,5% au nord et 1,9% au sud étant atteint à la fin mars. Cette tendance à la baisse des eaux libres, couplée avec la forte fidélité des narvals à ces sites d’hivernage, fait craindre une vulnérabilité importante de cette espèce aux changements actuels des conditions hivernales de la glace de mer au large de la baie de Baffin. Le narval a une grande importance sociale et culturelle: sa peau (muktut) est l’objet d’échanges entre collectivités Inuites et son ivoire a une grande valeur sur le marché international. Comme il n’existe aucune information fiable sur le nombre d’individus prélevés, le statut actuel de l’espèce est jugé préoccupant (22).
Etudes sur les morses
Ayant une répartition circumpolaire arctique et sub-arctique discontinue, les morses se divisent en 2 sous-espèces : les morses de l’Atlantique fréquentent les eaux de l’Arctique canadien, du Groenland, du Svalbard, et de l’ouest de la Russie, alors que les morses du Pacifique sont trouvés en Alaska et dans le nord-est de la Russie. Dans le nord-ouest de l’Atlantique, la chasse est la cause de mortalité principale (23). La population dite des Maritimes (Nouvelle Ecosse, Terre Neuve et golfe du Saint Laurent) a été chassée au point de disparaître à la fin du XVIIIème siècle. Encore aujourd’hui, dans l’est de l’Arctique canadien et au Groenland, les phoques ont une grande importance sociale et culturelle, la viande et l’ivoire présentant une grande valeur économique. On ne sait pas si la population du sud et de l’est de la baie d’Hudson qui compte seulement quelques centaines d’individus continue à décliner. Environ 6000 morses résident dans le nord de la baie d’Hudson et le détroit de Davis, une partie de cette population étant chassée dans les eaux du Groenland. Un effectif du même ordre de grandeur fréquente le bassin de Foxe. Enfin une petite population subsiste en baie de Baffin malgré une chasse excessive.
Il a été avancé qu’une diminution de l’étendue et de la durée de vie de la glace de mer pourrait accroître l’abondance de la nourriture des morses, en augmentant la production de bivalves et en facilitant l’accès aux aires de nourrissage dans les eaux côtières peu profondes. Des observations récentes indiquent cependant que le retrait saisonnier rapide de la glace de mer peut s’avérer néfaste. Suite au transport exceptionnel d’eaux chaudes de la mer de Béring vers le nord de l’Alaska au cours de l’été 2004, neuf jeunes morses du Pacifique non accompagnés de femelles adultes ont été vus entrain de nager dans des eaux très profondes de l’Océan Arctique (24). Par ailleurs, sur la côte arctique russe de Chukotka, une échouerie (zone à terre où les morses se reposent quand ils sont hors de l’eau) exceptionnelle regroupant quelques 40 000 individus a été observée en été 2007, sans doute à cause de la réduction de l’épaisseur et de la moindre étendue de la glace des mers de Chutki et de l’est de la Sibérie (25).
Données sur les baleines
La baleine grise est connue pour faire de longues migrations saisonnières entre les sites de mise bas dans des eaux tempérées ou subtropicales en hiver et les sites d’alimentation dans les eaux arctiques ou sub-arctiques en été. Mais, depuis 1999, à la suite de l’altération des écosystèmes marins associée au réchauffement global du climat certains individus restent toute l’année au large de la baie d’Ugak de l’île de Kodiak, en Alaska (26).
Tout en ne quittant pas les eaux arctiques, la baleine boréale effectue des migrations longitudinales aussi importantes, sinon plus que des migrations latitudinales (27). Appelée aussi baleine franche du Groenland ou baleine arctique, cette espèce occupe les latitudes comprises entre 54° N et 74° N dans le nord du Pacifique, et entre 60° N et 85° N dans le nord de l’Atlantique. Ses conditions de vie varient de la mer libre à la banquise épaisse et étendue (mais non consolidée). On dénombre cinq populations : 1) la population de la mer d’Okhotsk reste sur la côte est de la Russie ; 2) la population des mers de Béring, de Chutchi et de Beaufort passe l’été dans l’est de la mer de Beaufort et le golfe d’Amundsen et hiverne dans le centre et l’est de la mer de Béring ; 3) la population de la baie d’Hudson et du bassin de Foxe passe l’été dans le bassin de Foxe et le nord-ouest de baie d’Hudson et hiverne dans le détroit d’Hudson ; 4) la population qui passe l’été dans la baie de Baffin et l’Extrême-Arctique canadien fréquente en hiver le détroit de Davis ; 5) la population du nord du Svalbard est centrée sur les mers de Barents et du Groenland.
Animal massif de grande taille (> 13 m pour les adultes), la baleine boréale a été gravement décimée par la chasse commerciale intensive pratiquée avant le XXème siècle. Partout classée « en danger », l’espèce est chassée aujourd’hui pour la subsistance et à des fins culturelles par les Esquimaux de l’Alaska et par les Inuits dans l’Arctique canadien (27). La tendance de la population de la mer de Béring est considérée comme étant en phase de croissance et son déclassement de la liste des espèces en danger dans ce secteur est suggéré par certains auteurs (28). Compte tenu des incertitudes concernant le futur environnement de la baleine boréale (déclin possible de la disponibilité de ses proies à cause du changement climatique, prédation accrue par les épaulards si les refuges offerts par la banquise diminuent, augmentation des impacts anthropiques), une attitude prudente reste néanmoins indispensable (29).
De plus petite taille (4-5 m pour les adultes) et également restreinte aux eaux arctiques et sub-arctiques de l’hémisphère nord, la population mondiale de bélugas est estimée à environ 60 000 individus. Si l’espèce n’est pas en voie d’extinction, quelques populations locales sont en danger, notamment celles qui fréquentent le golfe de Cook en Alaska, ou l’estuaire du Saint Laurent au Québec (forte pollution industrielle). Dès la rupture de la banquise côtière à la fin du printemps, le bélouga est en effet la seule espèce de cétacé de l’Arctique qui fréquente communément les estuaires : les animaux se rassemblent en groupes au bord de la banquise et pénètrent dans les chenaux traversant les secteurs couverts par les glaces, avant la dislocation complète des grandes étendues de glace de mer entourant ces baies. En raison de sa forte philopatrie pour certains estuaires, le béluga est très vulnérable à la prédation, à la surexploitation par la chasse, et à d’autres menaces anthropiques. On sait que les bélugas peuvent rester prisonniers des glaces dans plusieurs régions de la mer de Beaufort, dans le haut Arctique canadien, dans la partie nord du bassin de Foxe et le long de la côte ouest du Groenland : les ours et les chasseurs Inuits profitent de ces situations pour chasser les bélugas enclavés. La viande de cet animal est très prisée comme ressource de subsistance partout dans l’Arctique (30).
Peut-on prévoir d’un point de vue statistique le déclin des mammifères marins ?
Les scientifiques sont-ils capables de détecter un déclin réel et soudain (baisse de 50% de l’abondance en 15 ans) dans les stocks de mammifères marins ? Cette question a fait l’objet d’une analyse statistique basée sur des données disponibles concernant différentes populations de cétacés fréquentant les eaux des Etats-Unis. La précision des estimations d’abondance et l’intervalle entre les opérations de recensement ont été prises en compte. Plusieurs catégories de cétacés ont été considérées : 23 populations de grandes baleines, 11 de baleines à rostre, 69 de petites baleines, de dauphins et de marsouins, 13 de pinnipèdes dénombrés à terre, 5 de pinnipèdes dénombrés sur la glace, ainsi que 6 populations incluant les otaries et l’ours polaire. Le pourcentage de déclins soudains non détectables comme tels a été de 72% pour les grandes baleines, de 90% pour les baleines à rostre, de 78% pour les dauphins et marsouins, de 5% pour les pinnipèdes dénombrés à terre, de 100% pour les pinnipèdes dénombrés sur glace, et de 55% pour les ours et otaries. Les espèces les plus menacées sont celles qui sont inféodées à la glace, à cause des effets probables du changement climatique global, et les baleines à rostre, à cause de mortalités liées aux bruits produits lors des exercices de la marine : il apparaît que l’information disponible les concernant est de trop faible niveau (31).
Ceci recoupe la conclusion d’un rapport de situation consacré aux 14 populations d’ours polaire du Canada. Il y est précisé que les renseignements nécessaires pour effectuer une analyse des risques reposent sur des données non disponibles pour plusieurs populations. Pour certaines populations, les données existantes sont considérées comme suspectes soit parce qu’elles ont été recueillies il y a au moins 15 ans, soit à cause de problèmes d’échantillonnage. En 2002, les données disponibles justifient que 4 populations ont pu être déclarées surexploitées (détroit du Vicomte de Melville, détroit de M’Clintock, bassin de Foxe, bassin de Kane), des mesures de gestion ayant été amorcées pour les 3 premières, et des pourparlers étant en cours avec le Groenland pour une cogestion de la dernière (10).
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