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Journal de bord
Etape 9 :
Dutch Harbour - Sitka (Alaska)
(27 septembre - 7 octobre 2008 )
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Etape 9
Dutch Harbor - Sitka (Alaska)
( 27 septembre - 7 octobre 2008 )
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7 octobre 2008
(heure de bord = TU - 8)
Sitka, Alaska
22h35 heure locale
Les îles et îlots sont nombreux dans la
baie. Ils se distinguent quand nous approchons, masses sombres qui se
découpent sur la
voûte céleste ou sur les silhouettes plus lointaines et
mystérieuses des montagnes en arrière plan . Nous ne croisons
aucun bateau, tout est calme en revanche il fait froid, le
thermomètre
indique 2°C seulement. Au détour de la péninsule Sasedni,
les lumières vives de l’aéroport inondent notre
monde jusqu’alors baigné de nuit. Nous glissons doucement
entres les jetées de la passe ouest et venons nous amarrer au
bout du ponton 8 de la marina Richard I Eliason. Sous le réverbère,
les paillettes de givre scintillent et donnent le change à l’univers
qui nous surplombe, une fine couche de brume couvre l’onde immobile.
Il est 3h45, ici s’achève la neuvième étape
de l’expédition. Demain nous continuons notre enquête
de terrain grâce aux travaux de préparation de notre équipe à terre.
Ont participé à cette étape :
En haut de gauche à droite :
Boudewijn Neijens (Hollande)
Olivier Pitras (France)
Michel Laforcade (France)
Monique Douard (France)
Laurent Ceresoli (France)
Dominique Pépin (France)
Michel Lassègues (France)
En bas, de gauche à droite :
Peggy Vaugelade (France)
Vincent Berthet (France)
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6 octobre 2008
(heure de bord = TU - 8)
Golfe d’Alaska
56°59’N – 135°56’W
22h45 heure locale
Finalement le vent tourne doucement au sud-est . Au
petit matin il est franchement contraire. Les grains nous obligent à de
fréquentes
manœuvres mais de grain en grain nous continuons notre bonhomme
de chemin vers l’île Baranof. La fin de soirée nous
trouve devant le cap Edgecumbe qui marque la pointe sud-ouest
de l’île
Kruzof, premier contrefort montagneux sur notre route face à l’immensité du
golfe d’Alaska. La lune à son premier quartier nous accompagne
encore un instant puis disparaît derrière un gros cumulonimbus
avant de se coucher complètement. Juste derrière les deux
petites îles Lazaria, le halo lumineux de Sitka déchire
la pénombre. A l’entrée du Sitka Sound, la mer et
le vent se calment. Paisiblement, sous un ciel constellé d’étoiles,
nous entreprenons l’approche finale vers Sitka encore distante
d’une vingtaine de milles. |
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5 octobre 2008
(heure de bord = TU - 8)
Golfe d’Alaska
57°07’N – 139°30’W
22h35 heure locale
La brise a fini par s’établir correctement à l’ouest.
Nous avançons désormais confortablement à bonne
vitesse. Chaque passage de grain nous permet de faire une petite
pointe. Le soleil est toujours présent
et les albatros ont repris leur vol harmonieux au gré des vagues.
A bord, les
discussions à propos de l’escale prochaine sont animées.
L’équipe à terre, de son côté travaille également à l’organisation
de cette escale pour identifier, avant notre arrivée, les principaux
centres d’intérêts en relation avec l’expédition.
Pour nous Sitka représente
en plus la possibilité de prendre plusieurs nuits consécutives
de sommeil, chose qui ne nous est plus arrivé depuis
Ilulissat au Groenland, que nous avons quitté le 24 juillet.
Il faut en général
plusieurs nuits pour retrouver un sommeil continu sur 7 ou
8 heures. En soirée le
vent passe au sud, les voiles se remettent à claquer, la vitesse
diminue.
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4 octobre 2008
(heure de bord = TU - 8)
Golfe d’Alaska
57°12’N – 143°40'W
22h35 heure locale
Le petit temps rend notre avance difficile, les voiles claquent. Nous
sommes au cœur d’une dépression peu active qui se
déplace avec nous. Les grains se succèdent. Demain nous
devrions toucher du vent plus établi. Nous mettons à profit
cette période pour avancer sur les préparatifs de nos
escales de la côte Ouest. Celle de Vancouver promet d’être
particulièrement
animée. Nous y serons accueillis par
le Musée Maritime et avons des conférences et tables rondes
prévues chaque
jour. |
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3 octobre 2008
(heure de bord = TU - 8)
Golfe d’Alaska
57°21’N – 147°32’W
22h50 heure locale
Le plateau continental s’étire jusqu’à 70
milles au large, les vagues y sont courtes et abruptes. La
mer pourtant calme nous roule d’un bord sur l’autre. Nous
arrivons en fin de nuit dans des grands fonds et laissons derrière
nous les quelques bateaux de pêche dont les halos
lumineux nous ont accompagné toute la nuit. Nous y trouvons une
mer conforme au vent et nos conditions de vie s’améliorent
considérablement.
En milieu de journée, nous croisons un albatros. Son vol est
majestueux, il rase les vagues sans un battement d’aile, profite
de chaque ondulation pour reprendre de l’élan et nous donne
une grande leçon
de vol libre. En la matière il ne fait pas de doute qu’il
est le maître
absolu.
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2 octobre 2008
(heure de bord = TU - 8)
Golfe d’Alaska
57°42’N – 151°43’W
22h30 heure locale
Au réveil, le soleil brille de tout son éclat. Les plans
s’échafaudent pour la journée. Douches et visite
du village sont en tête
de liste.
Nous n’avons que quelques heures devant nous puisque nous comptons
appareiller vers 17h00. Une équipe reste à bord et vaque à ses
occupations logistiques tandis que le reste de l’équipage
prend le chemin du village et y reçoit un accueil très
chaleureux de la part de la population. Nous larguons les amarres
comme convenu en fin d’après midi pour la traversée
du golfe d’Alaska.
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1er octobre 2008
(heure de bord = TU - 8)
Saint Paul, île de Kodiak, Alaska
57°46’N – 152°25’W
23h55 heure locale
En fin de nuit, nous nous engageons dans le détroit de Shelikof qui
sépare l’île de Kodiak de la péninsule d’Alaska. A l’aube, les reliefs
visibles jusque là au radar, se précisent, nous pouvons nous rapprocher
de la côte. Quelques conifères occupent en minuscules bouquets les
pentes vertes des montagnes. Leur densité est faible mais ce sont les
premiers arbres que nous puissions contempler depuis notre départ de
Tromsø, il y a quatre mois et demi.
Le temps est au beau fixe. Nous
pouvons flâner le long de la côte en suivant notre route vers le
nord-est et en scruter de fond en comble chaque recoin. De nombreuses
baleines à bosse soufflent de ci de là, des marsouins viennent
régulièrement nous rendre visite. En début d’après midi, nous arrivons à
proximité du détroit de Kupreanof qui permet de rejoindre le village de
Saint Paul établi sur la côte opposée. Nous y trouvons enfin, devant le
cap Uganik, ce que nous cherchions depuis des heures. Elle est là, sur
la plage avec ses deux oursons, c’est une femelle Grizzli. Les grizzlis
de Kodiak sont les plus gros de la planète. Des rochers, à quelque
distance de la plage, nous interdisent de pouvoir approcher mais à la
jumelle l’observation est de toute beauté. Notre présence l’inquiète
malgré la distance, elle décide de quitter doucement la plage suivit de
ses deux rejetons. Nous continuons notre chemin pour ne pas les troubler
davantage. Elle monte le talus paisiblement et disparaît bientôt au
milieu de l’épais tapis végétal. En nous engageant dans le détroit, le
courant devient fort, heureusement, il est favorable. Au loin, deux
baleines à bosse frappent violemment l’eau avec leur queue,
vraisemblablement pour se défaire de quelques parasites. Le courant
augmente encore, nous franchissons le « passage des baleines » à 11
nœuds et accédons ainsi rapidement à la côte nord-est de l’île. Les
hauts fonds et récifs y sont nombreux. La nuit tombe, les balises
s’illuminent, nous sommes de retour à la civilisation. Avec un tel
balisage, la route est claire jusqu’au village dont nous apercevons le
halo lumineux au sortir de l’île Spruce. Il est 23h45 quand nous
amarrons « Southern Star » dans le bassin sud du port de Kodiak. |
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30 septembre 2008
(heure de bord = TU - 8)
Approche du détroit de Shelikof, île Kodiak, Golfe d’Alaska,
57°11’N – 155°20’W
23h50 heure locale
Le ciel est dégagé, la mer belle, la visibilité excellente et la
température incroyablement haute pour nous qui arrivons de l’Arctique
(14°C). Nous avons sincèrement des conditions de navigation
exceptionnelles en cette fin septembre. Le mauvais temps sévit plus au
sud, où les dépressions se suivent les unes derrière les autres avec des
vents atteignant parfois 100 kms/heures. Nous poursuivons paisiblement
notre route vers l’est nord-est. Dans le nord, le mont Chiginagak
domine de ses 2153 mètres la baie Nakalilok et le cap Kuyuyukak. Plus
de la moitié de ses pentes sont couvertes de neige jusqu’au sommet. Nous
pouvons ainsi estimer les premières neiges à 1000 mètres d’altitude. Les
observations de cétacés sont de plus en plus fréquentes. Les marsouins
de Dall nous sont désormais familiers et les baleines à bosses
commencent à le devenir. A la tombée de la nuit, 3 orques nous font
l’honneur d’une visite, 2 femelles et 1 mâle. Plusieurs d’entre nous les
observent pour la première fois à l’état sauvage. Elles sont
majestueuses. L’aileron du mâle les impressionne beaucoup ainsi que la
simple présence de ce très élégant prédateur. La nuit tombe sans lune,
notre route est sensiblement alignée sur la voie lactée. A bâbord, la
Grande Ourse indique la direction de l’étoile polaire tandis que
Cassiopée se tient au zénith. Dans le sud, la belle Orion, déjà bien
haute sur l’horizon, nous confirme que nous sommes de retour dans les
régions tempérées. |
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29 septembre 2008
(heure de bord = TU - 8)
Golfe d’Alaska, 55°54’N – 158°09’W
23h55 heure locale
En passant au nord-ouest, le vent balaye la chape de plomb que nous
avions au-dessus de la tête et nous offre la vue sur la voûte céleste
autrement plus agréable à contempler. Désormais, la constellation
d’Orion nous accompagne sur tribord remplacée au point du jour par les îles Shumagin. Très découpées, les îles de l’archipel offrent une
quantité de baies aux noms révélateurs de la puissance qu’exerce ici la
faune sauvage : l’abri de l’aigle, du marsouin, le dos de baleine. Dans
le détroit ouest de l’île Nagaï, nous apercevons un groupe important de
cétacés, probablement une quarantaine d’individus, sans toutefois
pourvoir les identifier. La nuit tombe aussi noire que la veille. La
présence importante de fluo plancton rend notre écume lumineuse. Sur
bâbord, des traînées de lumières sous-marines déchirent la pénombre et
attirent notre attention. Ce sont des marsouins de Dall. Leur
déplacement dans l’eau est rendu visible grâce au fluo plancton. Chaque
animal est entouré d’une gangue de lumière qui s’étire sur quelques
mètres avant de disparaître. Le corps est ainsi remarquablement dessiné
et nous pouvons très facilement les identifier. La coloration blanche
caractéristique des flancs est également visible par moment et nous
permet de lever le doute.
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28 septembre 2008
(heure de bord = TU - 8)
Pacifique Nord, 54°38’N – 161°26’W
22h40 heure locale
La manœuvre de tangon n’est pas tout à fait terminée quand le jour se
lève, nous nous arrêtons toutefois un instant pour admirer le cône
parfait du volcan Shishaldin qui surplombe une mer de nuages au-dessus
de l’île Unimak. La nuit a été noire, nous apprécions le retour de la
lumière. Les conditions météo nous permettent de rester à proximité de
la péninsule Alaskane. Nous pourrons ainsi profiter de la vue dès que
possible. Dans le sud, sous le cinquantième, les dépressions sont
puissantes mais ici, collé à la côte, nous pouvons concevoir quelques
paisibles journées de navigation au gré des îles magnifiques qui
jalonnent notre route. Après quelques mises au point avec les estomacs
dans Akutan Pass, le nouvel équipage prend ses marques et mène fièrement « Southern Star » vers l’est. |
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27 septembre 2008
(heure de bord = TU - 8)
Pacifique Nord, 53°58’N – 165°25’W
21h00 heure locale
Au lever du jour ce matin, samedi, nous appareillons en direction du
Pacifique. La visibilité est excellente, nous pouvons voir la chaîne des
Aléoutiennes à perte de vue avec les dômes enneigés des volcans. A
l’approche d’Akutan Pass, la porte d’accès que nous avons choisi pour
entrer en Pacifique, le courant est contraire, les vagues déferlent en
tous sens. La zone chaotique n’est pas longue mais nous n’avançons pas.
Bientôt la mer se calme, notre avance augmente et nous pouvons dire au
revoir à la mer de Béring et faire nos premiers milles en Pacifique Nord
vers l’île Tigalda.
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Copyright
Texte et photos : Olivier Pitras (sauf indication contraire).
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