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Etape 8
Point Barrow - Dutch Harbor (Alaska)
( 10 - 23 septembre 2008 )
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23 septembre 2008
(heure de bord = TU - 8)
Dutch Harbor, Spit Dock,
53°54’N – 166°30’W
22h00 heure locale
L’aube commence à peine à lever le voile mystérieux de la nuit quand nous prenons la route. Nous aimerions être à Dutch Harbor avant que le vent ne se lève.
En chemin, chacun est dans ses pensées. La barre paraît dure. Ca sent la fin de l’étape et cache probablement un reste de fatigue d’hier. En approchant du
port, les balises, les bateaux de pêches, les grues commencent à se détacher du décor tacheté de couleurs que nous avions depuis « Priest Rock ». En visant
le clocher à bulbe de l’église orthodoxe qui se trouve tout au fond de la baie Iliuliuk, nous devrions bientôt identifier les balises d’entrée du port
intérieur. La passe est étroite, une fois engagé dans le bassin, n’ayant pas de réponse du port par radio, nous envoyons le dinghy en repérage. Il revient
sans tarder en nous disant qu’il faut ressortir et aller au « Spit Dock », tout au bout du premier bassin, dans le nord, loin de tout. Sur le chemin, nous
trouvons enfin pourquoi la barre est dure. Une pièce maîtresse s’est rompue. Nous faisons notre manœuvre aussi délicatement que possible. Nous sommes en
début d’après midi. L’emplacement offre une excellente protection. Aussitôt amarrés nous ne tardons pas à plonger dans le gouvernail pour en extraire la
partie défectueuse. La zone portuaire est immense, nous nous réjouissons de devoir résoudre ce problème technique ici, nous devrions pouvoir trouver tous
les ateliers dont nous avons besoin. La fin d’après midi, permet à chacun de s’organiser à partir de ce lieu retranché de la petite ville d’Unalaska. Cette
arrivée à Dutch Harbor marque la fin de la huitième étape de l’expédition. Désormais, l’océan Pacifique s’étend dans notre sud, immense.
Ont participé à cette étape :
En haut, de gauche à droite :
Monique Golliot (France),
Emmanuel Correia (France),
Guy Clavel (France),
Bernard Grunewald (France),
Milos Gregar (Tchéquie),
Honza Gregar (Tchéquie),
Lukas Reitinger (Tchéquie).
En bas, de gauche à droite :
Laurent Ceresoli (France),
Michel Mottier (Suisse),
Eva Skorepova (Tchéquie),
Olivier Pitras (France).
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22 septembre 2008
(heure de bord = TU - 8)
Unalaska, Kalekta Bay,
53°57’N – 166°22’W
22h00 heure locale
Nous avançons dans la pénombre sur une mer calme. Le vent décroît au fur et à mesure que nous approchons du relief. Quelques bateaux de pêche confirment la
proximité de Dutch Harbor. Bientôt les premières lueurs de la ville apparaissent sur l’avant tribord. Nous continuons notre route en direction de Kalekta
Bay un peu plus à l’est, non loin de Akutan Pass. Quelques heures avant le lever du jour, la lune s’élève derrière les nuages et donne assez de luminosité
pour apercevoir les versants noirs, escarpés des montagnes. Dans la nuit elles paraissent gigantesques. Nous pénétrons dans la baie que seul le radar permet
de distinguer. L’œil n’y voit aucune perspective, l’obscurité est presque totale. Les sommets et les lignes de crêtes sont eux visibles et dessinent la
partie supérieure d’un mur noir profond qui s’élève uniforme, toujours plus haut, trop haut. Un coup d’œil au radar nous indique que nous sommes encore à
300 mètres de la côte, nous mouillons, il est 5h15.
Au réveil, le bateau est baigné de soleil. Les versants profondément érodés, enchante le regard de leur vert lumineux. Nous débarquons sans tarder pour
profiter de cette journée magnifique. Ce petit sommet à 600 mètres d’altitude fera l’affaire pour se remettre en condition. Les jambes travaillent peu sur
un voilier en comparaison du haut du corps et nous n’avons plus réellement marché depuis le Groenland. Là haut, la vue est saisissante. A perte de vue, les
arêtes se succèdent dans un chaos que seuls les volcans sont capables de modeler. Au loin, dans l’est les premiers contreforts de la péninsule Alaskane
dressent leurs remparts contre les assauts du Pacifique. Dans l’ouest, le glacier du volcan Makushin domine l’île d’Unalaska, souverain de glace aux portes
de la mer de Béring. Pendant la descente, nous picorons de ci de là d’excellentes framboises sauvages grosses comme le pouce, tandis que de retour à bord,
nous pêchons trois petits flétans qui agrémenteront le repas de demain. Nous ne remercierons jamais assez cet anticyclone bloqué entre deux tempêtes qui
nous a permis de vivre cette journée exceptionnelle en période d’équinoxe. Des vents de sud sont attendus pour demain. |
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21 septembre 2008
(heure de bord = TU - 8)
Mer de Béring, approche d’Unalaska
Cet anticyclone qui se maintient dans le sud des Aléoutiennes est
providentiel. Nous bénéficions d’un vent régulier d’ouest à sud-ouest
qui devrait nous permettre d’arriver à destination avant l’arrivée des
vents contraires prévus sous 48 heures. Une tempête en formation au sud
du Kamchatka est à suivre de près. Quoi qu’il en soit, nous profitons
pleinement de cette aubaine, les milles défilent confortablement. Cela
nous change du fort roulis d’hier. Nous devrions arriver au petit matin
dans la baie que nous avons choisie pour atterrir sur Unalaska. Le
crépuscule nous trouve à une quarantaine de milles de l’arrivée.
L’archipel des Aléoutiennes reste invisible.
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20 septembre 2008
(heure de bord = TU - 8)
Mer de Béring, 56°29’N – 169°44’W
22h50 heure locale
Dans la matinée, l’animatrice de la radio locale nous rend visite à bord
pour une interview. Elle nous confirme la diminution considérable, ces
dernières années, de la colonie d’otaries. D’ailleurs les recherches
pour essayer d’en déterminer la cause démarrent à peine ; changement
climatique, sur-pêche ? Aucun scientifique n’est présent sur l’île pour
que nous puissions lui poser directement la question. Le reste de
l’équipe s’active à terre et profite des derniers instants passés en ce
lieu charmant. En début d’après midi, nous sommes tous rassemblés comme
convenu pour l’appareillage qui se fait dans de petits airs.
Rapidement, St Paul est absorbée par le rideau de brume qui stagne sur
l’horizon. Quelques heures plus tard, Saint Georges, la deuxième île de
l’archipel des Pribilov est en vue. Nous passons au large de « Dalnoi
Point » en surveillant attentivement le compas car en observant la
carte, des anomalies magnétiques y sont indiquées. Une fois l’île
dégagée nous pouvons rajouter de l’est dans notre sud est faire route
directe sur l’île d’Unalaska dans les Aléoutiennes. |
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19 septembre 2008
(heure de bord = TU - 8)
Saint Paul, Pribilov
22h30 heure locale
Comme de coutume, nous recevons un accueil chaleureux de la population
locale, nombreux sont ceux qui viennent sur le quai voir le bateau. Dans
la journée, l’équipe part à la découverte de l’île guidée par Catherine
qui en connaît chaque recoin. Les otaries à fourrure occupent les plages
par centaines tandis que les falaises sont le domaine des macareux et
mouettes tridactyles. Bien qu’encore dépourvue d’arbres, l’île abrite
une végétation luxuriante pour nous qui arrivons des déserts glacés du
septentrion. L’herbe y est grasse et verte pour le plus grand plaisir de
nos yeux habitués depuis des semaines à scruter d’infinies étendues
ocres. Le village est minuscule, il s’organise autour du port, sur le
quai, une conserverie semble être la seule activité « industrielle » de
l’endroit. Le soir nous sommes invités à l’école où un dîner est
organisé en faveur d’une œuvre de charité. Dans le gymnase l’équipe
locale de basket affronte l’équipe des gardes côtes. Nous regagnons le
bord sous une pluie fine. |
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18 septembre 2008
(heure de bord = TU - 8)
Mer de Béring, Arrivée Saint Paul, Pribilov
57°07’N – 170°17’W
23h55 heure locale
Le vent se renforce dans la matinée et devient instable au passage des
grains. Nous avançons vite toujours sur la route. Nos prévisions
concernant l’arrivée sont revues à la baisse. Les milles défilent. Nous
traversons des zones où les oiseaux sont rassemblés par centaines. Les
pétrels fulmar et pétrels tempêtes sont aperçus en grand nombre tandis
que les mouettes tridactyles et mouettes de Ross sont moins nombreuses,
quelques individus de ci de là. Deux labbes à longue queue se mélangent
au groupe. Toutefois nous ne les voyons pas attaquer les mouettes comme
de coutume. En fin d’après midi, l’île est en vue (photo).L’atterrissage
est prévu par la côte Ouest que nous longeons à la tombée de la nuit. La
houle se brise avec fracas sur les falaises hautes d’une quarantaine de
mètres. Bientôt, après avoir dégagé « Southwest Point » et ses brisants,
apparaissent les premières lumières du village. La houle est plus calme
une fois au sud. Nous pouvons donc concevoir d’accéder au petit port de
Saint Paul dont l’approche exposée à l’ouest avec peu d’eau pourrait
s’avérer impossible par forte houle.
Il est 23h30 quand les jetées nous
abritent du large. Deux bateaux de pêches déchargent leur cargaison,
probablement du flétan. L’île de Saint Paul est pour nous un jalon sur
la longue route de l’expédition car elle constitue le point le plus
ouest sur l’ensemble du parcours. |
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17 septembre 2008
(heure de bord = TU - 8)
Mer de Béring, 59°49’N – 169°39’W
23h20 heure locale
Le vent est régulier au nord-ouest. Notre route est directe vers l’île
Saint Paul. La mer de Béring est paisible. Les fonds n’excédent pas 40
mètres, il en est ainsi depuis notre départ de Point Barrow. Les équipiers de quart scrutent l’horizon pour y déceler la moindre trace de
vie. Les oiseaux sont de plus en plus nombreux et quelques souffles de
baleines sont aperçus au loin. En soirée, avant que la lune ne se lève,
nous quittons les 60ème, la nuit est d’encre. L’équipe de quart achève
une manœuvre à l’avant quand le bruit d’un souffle attire leur
attention, la baleine est là, à quelques mètres, toutefois l’obscurité
reprend ses droits en un clin d’œil et efface cette mystérieuse
apparition. De retour au cockpit, un sourire radieux illumine les
visages et témoigne de la scène que seule l’équipe avant a eu le
privilège de vivre.
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16 septembre 2008
(heure de bord = TU - 8)
Mer de Béring, 62°20’N – 168°58’W
22h30 heure locale
Malgré un mouillage rouleur, la nuit a répondu à nos espérances. Nous
appareillons en milieu de matinée en direction de l’île Saint Paul au
nord des Pribilov. Nous dégageons l’île St Lawrence par l’est. La mer
est calme. Proche de la côte, un aileron attire notre attention, il
semblerait que se soit celui d’une femelle orque. Après quelques heures
de route, l’île prend l’apparence d’un archipel. Nous ne voyons plus que
les montagnes; Les plaines ayant disparues sous la ligne d’horizon. Une
bonne partie de la journée se passe dans la brume, le radar reste muet
et nous confirme ce que nous savons déjà. Le trafic est peu dense dans
les parages. Nous n’avons plus croisé de bateau depuis le Storis passage
dans le golfe de la Reine Maud. C’était le 22 août. Dans la journée, la
température à l’extérieur monte à 16°C. Nous n’avons pas à bord les
moyennes de température pour la région mais ça paraît incroyablement
chaud. |
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15 septembre 2008
(heure de bord = TU - 8)
Ile St Lawrence - Mer de Béring
63°20’N – 169°05’W
23h35 heure locale
Le vent mollit, notre progression est lente. Le thermomètre indique
11°C, pour nous c’est quasi tropical, nous arrêtons l’un des deux
poêles. La nouvelle carte des vents, nous confirme une période de 48
heures de calme pendant laquelle nous ferons halte sur l’île St
Lawrence.
Au petit matin, l’île est en vue mais il faut attendre la fin
de matinée pour mouiller à proximité d’une plage de la côte Nord-Est.
L’île est constituée de massifs montagneux s’élevant de 200 à 670 mètres
d’altitude reliés entres eux par d’immenses plaines excessivement
plates. Les premiers reliefs sont proches. Les versants en pentes douces
sont une invitation à la balade. Toutefois, une houle de nord nous
interdit l’accès à la plage. Nous passons l’après midi à vaquer à nos
occupations respectives en scrutant régulièrement à la jumelle cette
terre que nous aurions aimé fouler. Dans l’après midi, nous avons la
visite de quatre personnes. Ils reviennent d’un camp de fouille établi
au sud de l’île à partir duquel ils extraient de l’ivoire de morse
fossilisé. Leur village est sur la côte Nord Ouest de l’île. La route
est encore longue, ils ne s’attardent pas et disparaissent bientôt à
l’horizon.
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14 septembre 2008
(heure de bord = TU - 8)
Mer de Béring, 64°05’N – 168°40’W
23h55 heure locale
A 2h30, nous laissons Petite Diomède par le travers. Nous sommes au
milieu du détroit et pouvons ainsi valider notre réussite à travers le
passage du Nord Ouest.
Neuf ans à peine séparent mes deux passages, pourtant ce sont deux
mondes différents, il n’y a pas d’autres mots. J’ai organisé cette
expédition pour faire une enquête de terrain et recueillir des
témoignages sur le changement climatique mais je n’imaginais pas une
seconde que je serai moi-même témoin en si peu de temps des formidables
changements qui s’opèrent dans cette région.
Alors que nous faisons nos premiers milles en mer de Béring, nous avons
une pensée particulière pour notre équipe à terre. Il est magnifique de
savoir que cette navigation n’est pas le simple cumul des milles
parcourus mais qu’au fur et à mesure de notre avance se construit et
s’étoffe le message que nous voulons porter grâce au travail de fond de
ceux qui, à terre, font vivre ou ont permis de faire vivre l’expédition.
Le changement climatique est une formidable opportunité de revoir notre
relation à l’environnement. Il serait vain d’essayer de définir quelle
part imputer à la nature et quelle part imputer à l’activité humaine
dans ce changement. Il ne s’agit pas de sauver la planète, mais bel et
bien de sauver l’Humain et les biotopes dans lequel il évolue. Si
l’Homme venait à s’éteindre, la planète n’en aurait cure. Son diamètre
est de 12 750 kilomètres. Rapporté à l’échelle d’une orange, la
tropopause qui fait 7 kilomètres aux pôles et 14 kilomètres à
l’équateur, correspond à une feuille de papier à cigarette et la
totalité des océans dont la profondeur moyenne est de 3000 mètres,
correspond à trois gouttes d’eau. Notre espace vital est loin d’être
immense, il peut être vite confiné et pourtant il nous offre tout ce
dont on peut rêver.
Développer les énergies de demain dans les meilleurs délais permettra de
faire durer nos énergies fossiles et d’en contrôler plus efficacement
leur utilisation. C’est également un formidable potentiel de
développement économique pour nos sociétés. L’innovation et les
nouvelles technologies pour une meilleure utilisation de nos ressources
naturelles doivent occuper le centre du débat politique de tous les pays
industrialisés qui ont les moyens d’investir massivement dans la
recherche. Pourquoi vouloir découvrir les autres planètes de notre
système solaire alors qu’il y a tant à faire sur Terre. Elle est pour
l’heure, notre unique et merveilleux vaisseau.
Depuis le début d’après midi, de nombreux souffles de baleines brisent
de loin en loin la ligne d’horizon. Le ciel se couvre de nouveau, il
pleut. Le temps reste exceptionnellement calme. Nous envisageons de
faire une halte rapide sur l’île Saint Laurent.
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13 septembre 2008
(heure de bord = TU - 8)
Mer de Chukchi, approche du détroit de Béring, 66°07’N – 168°33’W
22h30 heure locale
Les vents sont faibles. Il est difficile de tenir la toile car la houle
nous fait rouler et les voiles battent par moment, nous progressons
néanmoins au vent arrière, dans la bonne direction et toujours sous un
magnifique ciel azur. A 16h30, nous franchissons le cercle polaire qui
nous annonce que le détroit n’est plus très loin. Toutefois à cette
vitesse, il faudra attendre la fin de la nuit pour le franchir. En début
de soirée, grâce à une visibilité exceptionnelle, nous pouvons voir
distinctement les Diomèdes ainsi que les reliefs (804 mètres) du cap
Dezhnev en Sibérie qui marque la pointe Ouest du détroit et les reliefs
(697 mètres) du cap Prince de Galles qui marque la pointe est du détroit. Les Diomèdes sont ces deux îles au centre du détroit distantes
de 4 kilomètres et dont l’une est russe (Grande Diomède 508 mètres) et
l’autre Américaine (Petite Diomède 398 mètres). Ici, au détroit de
Béring, les Russes sont à l’ouest, les Américains à l’est et chacun peut
se regarder dans le blanc des yeux. |
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12 septembre 2008
(heure de bord = TU - 8)
Mer de Chukchi, 68°10’N – 167°13’W
22h45 heure locale
La météo est clémente, la mer de Chukchi paisible, nous faisons notre
bonhomme de chemin en direction du cap Lisburne. Les quarts s’enchaînent
et les discussions à propos du passage du détroit sont à l’ordre du
jour. En début d’après midi, nous passons devant le cap Lisburne qui
marque la fin de la chaîne de Brooks. Ces reliefs sont pour nous un
enchantement après les grandes platitudes des côtes septentrionales
Canadiennes et Alaskanes. Quelques instants plus tard, les nuages
balayés par la brise de nord-est font place à un grand ciel bleu.
Décidément, quel changement en si peu de temps. Nous n’avions pas vu le
soleil comme ça depuis trois semaines. En début de soirée, nous rangeons
la pointe Hope qui marque l’entrée de la baie Kotzebue. Une houle de
nord-ouest nous refuse l’accès à Shishmaref. Ce village Alaskan qui
borde les rives sud de la baie bénéficie d’une attention particulière de
la part de la classe de Bruno Philippe, responsable des programmes
pédagogiques de l’expédition. Il est menacé d’engloutissement par
l’érosion côtière, ses abords sont très peu profond et il n’y a aucune
lagune où nous puissions trouver refuge un instant. Nous sommes obligés
de poursuivre notre route en direction du détroit. Le coucher du soleil
nous offre un spectacle fascinant tandis qu’à l’opposée la lune, presque
pleine, pointe le bout de son nez pour nous accompagner la majeure
partie de la nuit. |
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11 septembre 2008
(heure de bord = TU - 8)
Mer de Chukchi, 70°N – 164°20’W
23h50 heure locale
La concentration est totale. Nous interrogeons les ténèbres, nous
torturons nos sens pour identifier les mines dressées sur notre route.
La présence de fluo plancton nous aide un peu mais dans le meilleur des
cas nous voyons la glace à moins de cinquante mètres. Par chance, la
météo est clémente et la banquise peu dense. Néanmoins, nous savons tous
qu’une seule rencontre mal négociée peut occasionner de terribles
dommages techniques. Nous nous employons de notre mieux à ne pas avoir à
écrire un tel chapitre. Les premières lueurs du jour sont accueillies
avec enthousiasme. Petit à petit, notre cercle de visibilité s’élargit,
c’est une délivrance. Une fois le jour complètement revenu, nous
constatons que par endroit la glace s’organise par bandes assez denses
finalement sans jamais présentée une réelle obstruction. Nous reprenons
une allure normale sans lâcher la veille. Un cétacé, à priori une
baleine franche, nous fait l’honneur d’une visite. Il est 17h00 quand
nous laissons les dernières glaces dans notre sillage. Désormais, nous
ne devrions plus avoir de glace du tout. La route est libre jusqu’au
détroit de Béring. |
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10 septembre 2008
(heure de bord = TU - 8)
Mer de Chukchi, 71°02’N – 159°15’W
23h55 heure locale
10h00, nous levons l’ancre pour la huitième étape de l’expédition. Le
temps est gris avec des averses de neige éparses. Nous prenons la passe
qui nous mène vers le large. Bientôt, nous dégageons la fine bande de
sable de la Pointe Barrow qui marque l’extrémité nord de l’Alaska. Les
fonds augmentent jusqu’à six mètres, quel confort de sentir un peu d’eau
sous la quille. Les bâtiments de la Dew Line rompent l’extrême monotonie
de la toundra. La mer est relativement calme et l’équipage peut ainsi
s’amariner paisiblement. La carte de glace nous indique une bande de
banquise lâche à proximité de la pointe Franklin. La visibilité est
mauvaise et les grains de neige n’arrangent pas notre histoire. A 17h00,
nous voyons les premiers morceaux d’une glace épaisse de plusieurs
années. Nous tenons la route car la densité est faible. La luminosité
décroît, la neige lourde colle au plexiglas. Nous veillons dehors, bien
emmitouflés. Peu avant minuit, nous diminuons l’allure, la nuit est
désormais noire. Par chance l’épaisseur de cette vieille glace nous
permet de détecter les plus gros morceaux au radar.
Pour la veille
visuelle, nous abandonnons le projecteur qui devient inutile sous la
neige. La vision nocturne est finalement celle qui marche le mieux. Nous
sommes attentifs à ne pas nous exposer aux sources de lumières blanches,
nous obturons d’un contre plaqué le capot de la cuisine car nous y
venons régulièrement pour préparer des boissons chaudes. La nuit promet
d’être longue.
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