|
Journal de bord
Etape 6 :
Gjoa Haven
- Tuktoyaktuk (Canada)
(21 - 28 août 2008)
|
|
|
Etape 6
Gjoa haven - Tuktoyaktuk
(Canada)
( 21 au 28 août 2008 )
|
|
28 août 2008
(heure de bord = TU - 6)
Tuktoyaktuk, Territoires du Nord Ouest, Canada
69°27’N – 133°02’W
23h55 heure locale
La visibilité est bonne et nous apercevons bientôt le halo lumineux de
Tuktoyaktuk. Les fonds n’excédent pas quatre mètres et une partie du
balisage est non lumineux. Nous décidons d’attendre le jour pour entrer.
Nous mouillons à 4 heures du matin dans trois mètres d’eau à l’abri d’un
récif qui nous protège du nord. Après quelques heures de sommeil, nous
reprenons la route vers le réseau d’îles sablonneuses qui constituent
l’abri de Tuktoyaktuk. Le port est grand pour un endroit aussi
retranché. Des barges assurent le ravitaillement des communautés du Nord
par la rivière McKenzie et Tuk est le centre de ce trafic commercial.
Nous entrons à vitesse réduite pour quitter le chenal et nous diriger
vers un ponton isolé à proximité de la passe ouest. Nous mettons
l’annexe à l’eau pour aller reconnaître les fonds autour du minuscule
quai. Il y a très peu d’eau mais ça devrait suffire pour caser les 2,2
mètres dont nous avons besoin. L’arrêt du moteur à 12h30 marque la fin
de la manœuvre. Nous sommes à quai et achevons ainsi la sixième étape de
l’expédition. Tuktoyaktuk sera notre dernier port canadien avant
l’Alaska.
Nous avons parcouru 5674 mille nautiques depuis notre départ de Tromsø.
11 membres d’équipage ont participé à cette étape.:
En haut de gauche à droite :
Daniel Desage (France),
Philippe Moreau (France),
Dominique Damour (France),
Thierry Deakin (France),
Laurent Ceresoli (France),
Tino Schuman (Allemagne),
Yannick Rouillé (France).
En bas de gauche à droite :
Olivier Pitras (France),
Gabriel Pitras (France),
Philippe Rouillé (France),
Emilie Guegan (France). |
|
27 août 2008
(heure de bord = TU - 6)
Mer de beaufort, 69°47’N – 132°38’W
22h50 heure locale
Une fois dans l’ouest du cap Bathurst, la houle se calme, le vent
revient toujours favorable et nous retrouvons une allure confortable.
Nous apercevons trois cétacés à quelques longueurs, probablement des
baleines franches. Bientôt, nous naviguons dans moins de dix mètres
d’eau. Les sondes ne vont pas aller en augmentant d’ici notre arrivée à
Tuktoyaktuk. Petit à petit, chacun sort de sa couchette. L’épreuve aura
duré trente six heures pour certains. Tout le monde est rassemblé pour
le repas de midi et le hachis Parmentier est accueilli avec grand
enthousiasme. Nous sommes à 90 milles de l’arrivée et les conversations
vont bon train à propos de la prochaine escale. L’heure est à la détente
dans le carré. Nous devrions arriver dans la nuit.
|
|
26 août 2008
(heure de bord = TU - 6)
Golfe Amundsen, 70°45’N – 126°34’W
23h55 heure locale
Notre moyenne reprend des couleurs tandis que certains membres
d’équipage qu’en à eux, deviennent pâlichons. Les estomacs sont mis à
rude épreuve. Les quarts s’organisent différemment pour permettre aux
plus atteint de rester dans leurs bannettes. Nous passons la journée
ainsi et filons à bonne allure vers le cap Bathurst qui marquera notre
entrée en mer de Beaufort.
Au niveau de Tuktoyaktuk, la banquise est à
71°N, notre route passe bien au sud de cette limite. En début d’après
midi, le vent se calme progressivement, nous marchons encore bien, la
mer s’assagit d’un cran. Le vent nous abandonne en fin de soirée et nous
laisse voiles battantes sur une mer résiduelle. Le ciel est toujours
dégagé, la lune veille. |
|
25 août 2008
(heure de bord = TU - 6)
Golfe Amundsen, 69°40’N – 119°07’W
22h00 heure locale
A minuit, nous entrons dans le « Dolphin and Union Strait ». Le vent est
violent mais favorable. Seul un petit bout de toile à l’avant assure
notre propulsion. Le ciel reste dégagé. La lune nous accompagne. Dans le
sud, des signes d’activité aurorale attirent notre attention pour
bientôt devenir un véritable aurore boréale de toute splendeur. C’est la
première que nous voyons depuis le retour de la nuit et certains d’entre
nous observent ce phénomène pour la première fois. Au petit matin, nous
sommes dans un coup de vent en règle qui nous permet de rejoindre le
golfe Amundsen en fin de matinée. La mer devient forte. Les lames sont
hautes et courtes. Nous nous réjouissons de n’avoir pas à faire face à
une telle mer. Le barreur doit rester concentré pour ne pas laisser le
bateau partir travers à la lame. Les rotations sont fréquentes. La
journée se passe ainsi et nous voyons notre moyenne qui jusqu’alors
n’était pas folichonne, reprendre des couleurs. |
|
24 août 2008
(heure de bord = TU - 6)
Golfe du Couronnement,68°25’N – 112°44’W
22h35 heure locale
Le début de journée se passe sans événement notoire, le soleil est
présent, le vent absent, nous prenons notre mal en patience. En début
d’après midi, nous atteignons la passe qui marque notre entrée dans le
golfe du Couronnement entre les îles Edinburgh et Murray. Nous
retrouvons ici un peu de relief. Des roches magmatiques, du basalte
essentiellement, s’étalent en feuilles horizontales épaisses. Les
falaises sont bien marquées. Cette remontée du Magma date de l’époque ou
il n’y avait qu’un continent. Entre les îles, notre route proche de la
côte nous permet d’apercevoir un bœuf musqué, il est seul, étonnant pour
un animal qui habituellement se déplace en groupe. Quelques instants
plus tard, le vent tant attendu arrive. Timide au départ, il se précise
d’heure en heure pour devenir une belle brise qui nous permet de tailler
notre route à vive allure. Le soleil se couche avec une forte réfraction
et nous donne un spectacle étonnant.
|
|
23 août 2008
(heure de bord = TU - 6)
Détroit de Dease, 68°49’N – 107°33’W
23h55 heure locale
Depuis le départ de Gjoa Haven, le vent n’est pas établi. Nous sommes de
nouveau dans des vents contraires faibles d’ouest nord-ouest. En milieu
de journée nous entrons dans le détroit de Dease. Quelques îles basses
rompent la monotonie du paysage. Nous avons le plaisir d’ouvrir les
voiles quelques instants avant que le vent ne retombe. Notre moyenne en
prend un coup et Tuktoyaktuk et encore loin. Nous comptons beaucoup sur
le vent d’est fort annoncé pour demain. En attendant nous en profitons
pour faire des prélèvements de copépodes (voir volet scientifique «
l’épopée des copépodes ») qui nécessitent une vitesse réduite. Quand la
journée s’achève, nous sommes à quatre vingt mille du chenal d’Edinburgh
qui marque l’entrée du golfe du Couronnement.
|
|
22 août 2008
(heure de bord = TU - 6)
Golfe de la Reine Maud,
68°28’N – 102°37’W
22h40 heure locale
La nuit est sombre désormais et s’allonge presque d’une demi-heure
chaque jour. Nous prenons une route au sud-ouest pour laisser l’archipel
Nordenskjold et l’île Amundsen dans le Nord. En approche de l’île Hat
les hauts fonds sont nombreux. Chaque île et îlet dessine une fine ligne
sur l’horizon. Ici le relief en est réduit à sa plus simple expression.
Tout est plat, rien n’accroche le regard.
En rangeant le récif, qui
borde au sud l’île Amundsen, nous croisons le bateau des gardes côtes
du même nom. Décidément l’illustre explorateur à laisser une forte
empreinte sur la région. Le navire « Amundsen » s’est transformé pour
l’occasion en navire hôpital et visite pendant la saison de navigation
les différentes communautés de l’Arctique canadien. Une fois ce grand
récif dégagé, nous pouvons faire route directe sur l’ouest du golfe et
le détroit de Dease encore distant d’une centaine de milles. En début de
soirée, le vent que nous avions jusque là contraire rentre du secteur
arrière. Nous pouvons enfin faire route directe et lâcher de la bride.
|
|
21 août 2008
(heure de bord = TU - 6)
Détroit de Simpson,
68°38’N – 098°12’W
23h50 heure locale
9h30, la chaîne de l’ancre qui tourne au guindeau marque le départ de
notre sixième étape. Le vent est à l’ouest, modéré. Nous prenons la
passe, le village est calme comme tous les matins. Nous nous dirigeons
vers le sud de l’île du Roi Guillaume alors que Gjoa Haven disparaît
rapidement dans le lointain. Nous naviguons dans des fonds d’une
vingtaine de mètres. La côte est extrêmement plate mais nous apercevons
bien les îles isolées qui flottent sur la ligne d’horizon.
L’étude de la
carte doit être précise car les hauts fonds sont innombrables dans le
détroit de Simpson qui sépare au sud, l’île du continent. En fin d’après
midi, nous croisons le « Wilfrid Laurier », le bateau des gardes côtes
canadiens à la recherche des épaves de l’expédition Franklin. Notre
grande curiosité nous incite à établir un contact radio pour connaître
l’avancement des recherches. Pour l’heure rien de nouveau, le mystère
reste entier. Le soleil se couche à la sortie du détroit, la lune
accompagne notre entrée dans le golfe de la Reine Maud.
|
|
|
| |
Copyright
Texte et photos : Olivier Pitras (sauf indication contraire).
|
|