Expedition Around North America

Journal de bord
Etape 5 :
Pond Inlet - Gjoa Haven (Nunavut - Canada)
(8 - 16 août 2008)

Expedition Around North America
Editorial d'Olivier Pitras
Expedition
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Etape 5
Pond Inlet - Gjoa haven (Nunavut - Canada)
(8 - 16 août 2008 )
16 août 2008 (heure de bord = TU - 6)
Gjoa Haven, Nunavut, Canada.
23h30 heure locale

L’étape d’aujourd’hui est courte. Le bassin Rasmussen est calme, le vent de nord ouest faible, nous avançons paisiblement vers Gjoa Haven. Les discussions vont bon train à propos des anciens qui naviguaient dans ces parages hostiles sans compas ni moteur. En approche du village, nous apercevons un, puis deux, puis trois mats. Nous pénétrons dans la minuscule baie que Roald Amundsen avait choisie comme port d’hivernage et autour de laquelle s’est organisé le village. Il est 15h00, nous voilà à Gjoa Haven en présence de trois autres voiliers. Aux dernières nouvelles, nous serions sept dans le passage. Nous invitons les autres équipages à bord dans la soirée pour célébrer ce rassemblement inédit. Ainsi s’achève la cinquième étape de l’expédition.

L’équipage de Pond Inlet à Gjoa Haven comptait deux nationalités

De gauche à droite : Gabriel Pitras (France), Philippe Moreau (France), Patrick Boidin (France), Pierre Vanloot (France), Philippe Rouillé (France), Yannick Rouillé (France), Olivier Pitras (France), Luisa Nesbeda (Italie), Daniel Desage (France), Jean-Michel Bayada (France), Dominique Dufayard (France), Fabio Smundin (Italie)

En arrière plan en haut : Laurent Ceresoli (France)


Equipage Pont Inlet - Gjoa Haven  - Gabriel pitras

Equipage Pont Inlet - Gjoa Haven
Photo Gabriel Pitras
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15 août 2008 (heure de bord = TU - 4)
Détroit de Rae, 68°51'N - 095°09'W
23h15 heure locale

La brume est encore une fois de la partie. La banquise, trop plate, ne donne pas un écho suffisant au radar. Seule une veille visuelle nous permet de faire route. Quand nous rencontrons une grosse plaque, nous tirons systématiquement vers la côte. Notre faible visibilité donne par moment l'illusion que la route est fermée devant car les plaques sont vastes et couvrent l'ensemble de notre champ de vision. Nous savons toutefois qu'il n'en est rien. Ce n'est que passager. Très vite nous pouvons reprendre notre route. La veille est particulièrement tendue dans les moments ou la brume est épaisse. Nous sommes en approche du détroit de James Ross quand la radio perce le silence de la table à carte. C'est un voilier espagnol venant du Pacifique "Amarino". Nous échangeons un moment sans même nous apercevoir visuellement bien que nous soyons à un demi mille l'un de l'autre. Seul l'écho radar confirme sa présence dans les parages. A notre connaissance, il y a cinq voiliers cette année dans le passage. Trois venant de l'Atlantique et deux venant du Pacifique. Il est normal que nous nous retrouvions tous au même endroit, au même moment car la porte est étroite et la fenêtre d'ouverture potentiellement courte. Pendant deux heures, la visibilité s'ouvre et nous offre le spectacle du soleil qui se couche en un magnifique rayon vert pour se lever un instant après. La réfraction est importante. Les nuages rougeoient comme la braise.
A 7h00, nous entrons dans le détroit de James Ross, le courant est avec nous. Nous ne voyons plus de glace. Les hauts fonds sont nombreux et les sondes faibles. Le courant dessine des arabesques au nord de l'île Matty où le passage est le plus étroit. Bientôt s'ouvre devant nous le Saint Roch Sound totalement libre de glace. Les îles, de couleur sable, sont basses, au ras de l'eau et n'apparaissent qu'au dernier moment. Nous mettons le cap au sud vers le détroit de Rae qui nous conduit au Rasmussen Sound. La route est désormais claire vers Gjoa Haven. Nous décidons de relâcher pour la nuit dans l'est de la péninsule Gibson sur l'île du Roi Guillaume.
Il est 20h30 quand l'ancre nous immobilise dans la baie au sud de Matheson Point. Nous sommes à environ 25 milles de Gjoa Haven. Nous pouvons célébrer le 15 août en toute sérénité car nous sommes désormais certains que la glace, côté canadien, ne perturbera pas notre progression vers le Pacifique.


Réfraction à l'aube  - Gabriel pitras

Réfraction à l'aube
Photo Gabriel Pitras
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14 août 2008 (heure de bord = TU - 4)
Larsen Sound, 70°25'N - 096°38'W
23h55 heure locale

Nous récupérons la nouvelle carte de glace à 2h30. Les conditions se sont considérablement améliorées et le vent a diminué d'un cran comme prévu. Nous n'hésitons pas une seconde, l'heure de l'appareillage a sonné. Nous pointons notre étrave vers le détroit de Franklin et l'archipel de Tasmanie. Depuis que nous faisons route au sud, l'obscurité prend peu à peu ses droits sur la nuit. Nous y voyons toujours très bien pour naviguer mais nous avons de plus en plus fréquemment besoin de lumière artificielle à l'intérieur.
En début de matinée, nous croisons nos premières glaces, bien minées par la fonte. Derrière c'est clair à perte de vue. De ci de là quelques plaques à la dérive n'entravent pas notre avance. Nous nous présentons à l'entrée du Shortland Channel qui sépare l'archipel de Tasmanie de la péninsule de Boothia. Le canal n'est pas hydrographié, la brume tombe, nous nous dirigeons au radar. A la faveur d'une éclaircie, nous apercevons la côte de l'île principale à un quart de mille (460 mètres). De petites falaises aux roches claires constituent un charmant paysage au sortir de cette purée de pois.
La brume s'estompe, nous découvrons à quelques distances plus au sud deux ours polaires, une femelle et son petit. Ils ne sont pas effrayés par notre présence mais la femelle cherche néanmoins le chemin le plus court pour disparaître. Elle choisit un éboulis, grimpe une dizaine de mètres et s'arrête pour attendre son rejeton qui fait de son mieux pour la suivre sur ce terrain difficile. Nous poursuivons notre passage. Bientôt, un autre ours est en vue, sur la rive opposée cette fois, puis un autre et encore un autre. Sur le pont, l'équipage est en effervescence. Le bilan, au sortir de l'archipel est de cinq observations d'ours. Nous avons le sentiment que nous aurions pu en voir davantage si la brume n'avait pas été de la partie par intermittence. Nous poursuivons notre route en longeant la péninsule de Boothia. Nous longeons quelques gros floes mais proche de la côte, la route est libre. Si les conditions de glace sont conformes à ce que nous avons pu observer plus au nord, la voie devrait être claire jusqu'au détroit de James Ross.


Ours blanc et son petit  - Gabriel pitras

Ours blanc et son petit
Photo Gabriel Pitras
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13 août 2008 (heure de bord = TU - 4)
Sud Peel Sound, 71°57'N - 096°31'W
23h00 heure locale

Le vent ne mollit pas. Les milles défilent rapidement. Ce nord-ouest fait descendre la glace du Mc Clintock Channel et il ne ferait pas bon s'engager dans l'obstruction dans de telles conditions. Nous décidons de relâcher sur la côte sud-est de l'île du Prince de Galles, à willis bay, juste avant la limite des glaces. Il est cinq heures quand nous mouillons dans le goulet d'accès à la baie. La côte est déserte mais de près l'austérité est moindre. Après quelques heures de sommeil, nous prenons pied sur la plage. En montant de quelques mètres sur un entassement de galets, nous trouvons les premières traces de végétation. Elles donnent un peu de chaleur à ce lieu qui de loin semblait froid et sans vie. Le sol, essentiellement minéral abrite de minuscules parcelles de terre où poussent de nombreuses variétés de plantes arctiques. Les silènes et les pavots sont particulièrement vigoureux. Nous trouvons des terriers de lemmings un peu partout ainsi que des crottes de caribous. Nous faisons des prélèvements d'eau et de sédiments avant de retourner à bord. De notre point de vue, nous apercevons au sud les premiers morceaux de banquise.
Nous attendons avec impatience la prochaine carte de glaces. Nous sommes en présence d'une seule qualité de glace dans toute la région ! Glace épaisse de première année en morceaux (floes) de 500 mètres à 2 kms de long, plus ou moins dense. Poussé par le vent, cette glace s'engouffre dans le détroit de James Ross d'une part et encombre le Larsen Sound en s'échouant sur la côte ouest de la péninsule de Boothia d'autre part. Avec de tels morceaux, il est hors de question de pousser quoi que se soit, il faut donc attendre que le phénomène de densification du pack diminue. Il n'y a pas d'autre solution. Le vent est prévu de se calmer en fin de nuit.


Willis bay, île du Prince de Galles  - Gabriel pitras

Baie de Willis, île du Prince de Galles
Photo Gabriel Pitras
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12 août 2008 (heure de bord = TU - 4)
Peel Sound, 72°31'N - 096°07'W
23h50 heure locale

Notre entrée dans le Peel Sound, entre l'île du Prince de Galles et l'île Somerset, correspond à l'arrivée progressive d'un vent de secteur nord ouest. Au fil des heures, notre allure se fait plus portante. Le ciel reste chargé mais la visibilité devient correcte, les bancs de brume s'estompent. Nous apercevons de la côte les cent premiers mètres d'un relief désolé. Il nous est parfois donné de pouvoir observer les deux rives simultanément, le spectacle reste le même. Sous un soleil radieux, il doit en être autrement mais nous n'avons pas le privilège de pouvoir en juger. Il tente néanmoins une timide apparition en début de soirée puis s'en retourne sans avoir réellement percé.
Quelques instants plus tard, nous croisons un groupe de bélugas. L'un d'eux essaie de nous accompagner un instant mais notre vitesse semble trop rapide (9nds). Nous filons bon train vers le sud, vers le détroit de Franklin où nous avons rendez avec la glace. A cet égard, le vent de nord ouest n'arrange pas nos affaires.


Etude de la carte des glaces - Gabriel pitras

Etude de la carte des glaces
Photo Gabriel Pitras
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11 août 2008 (heure de bord = TU - 4)
Barrow strait, 74°12'N - 094°W
23h55 heure locale

Nous continuons à tirer des bords dans des petits airs, notre avance est lente, il pleut. En milieu de journée, nous entrons dans le détroit de Barrow en nous rapprochant du nord de l'île Somerset. Le courant est contraire et le vent faible passe sur l'arrière, notre progression est encore plus lente. La côte nord de Somerset est austère, pelée, monotone. Les plateaux s'élèvent à trois cents mètres environ, les ravins sont arrondis, érodés sans neige ni glacier. Nous passons devant la baie Cunningham. La configuration du mouillage laisse à penser que ce doit être un bon port d'hivernage. Nous n'avons pas vu la moindre glace depuis la fin de matinée.
Bientôt nous pourrons faire du sud en nous engageant dans le Peel Sound.


En route vers le Peel Sound  - Gabriel pitras

En route vers le Peel Sound
Photo Gabriel Pitras
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10 août 2008 (heure de bord = TU - 4)
Détroit de Lancaster, 74°17'N - 088°37'W
22h30 heure locale

Au fur et à mesure que nous avançons dans le Lancaster le vent se fait de plus en plus précis de secteur ouest. Le ciel reste uniformément gris. A 6h00, nous longeons une banquise distendue. Cette glace remonte du Prince Regent Inlet et encombre le sud du détroit. Nous la retrouvons un bord plus tard, dense cette fois. Après avoir viré, notre route longe le champ de glace. Nous ne rentrons pas dedans, la route est libre plus au nord. Pendant deux heures notre horizon sud est marqué d'une bande blanche épaisse. Le plan d'eau est d'un calme absolu. "Southern Star" glisse sans le moindre mouvement de tangage. En milieu d'après midi, nous arrivons au Nord du détroit, le vent augmente et la visibilité s'ouvre brusquement, nous apercevons les contreforts de l'île Devon. Un glacier coule jusqu'à la mer. Le relief est composé de plateaux fortement érodés qui disparaissent bientôt. Notre bord au sud est marqué par la présence du pack, nous virons dès que nous en approchons.
En début de soirée, nous croisons un phoque sur un morceau de banquise. Il hésite à quitter son abri puis décide finalement que nous ne représentons pas un grand danger et reprend sa position de repos. Les manœuvres sont désormais difficiles sans gants. Pierre notre scientifique, qui fait régulièrement des prélèvements d'eau mesure une température à 0,3°C, tandis que l'air est a 2,4°C.



phoque à capuchon - Gabriel pitras

Phoque à capuchon
Photo Gabriel Pitras
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9 août 2008 (heure de bord = TU - 4)
Détroit de Lancaster, 73°51'N - 083°52'W
23h50 heure locale

La nuit nous offre des lumières chaudes et nuancées. Nous traversons l'Eclipse Sound pour rejoindre la pointe sud ouest de l'île Byllot. Tout est calme, le fjord est comme un miroir. Quelques pétrels fulmar et guillemots marquent le tempo dans ce décor immobile. Leurs efforts pour décoller est toujours source de plaisanteries. Nous apercevons de loin un groupe de narvals. Au petit matin, nous sommes dans le Navy Board Inlet qui nous conduit jusqu'au détroit de Lancaster. Les glaciers sont nombreux mais peu d'entres eux arrivent jusqu'à la mer. Nous gardons une distance respectueuse chaque fois que nous croisons un iceberg. Ils ont dérivé depuis la baie de Melville pour venir s'échouer là. Nous profitons de chacun d'eux car nous savons que se sont les derniers qu'il nous est donné d'observer. Plus à l'ouest, il n'y a plus de glaciers, nous ne rencontrerons que de la banquise. En approche du détroit de Lancaster, les phoques sont plus nombreux et nous voyons de curieuses petites têtes noires sortir de ci de là. Certains sont en groupes de cinq ou six individus.
La fin d'après midi marque notre entrée dans le Lancaster, nous traversons un champ clairsemé de growlers. Le compas nous abandonne, il divague, nous ne nous en servirons plus pendant trois semaines environ, jusqu'au moment où nous serons de nouveau suffisamment loin du pôle Nord magnétique. Pendant la soirée, la visibilité se referme, le calme persiste, nous n'avons plus de repères visuels pour nous aider à barrer dans cet univers uniformément gris où la mer et le ciel ne font qu'un.


Lueurs du soir - Gabriel pitras

Lueurs du soir
Photo Gabriel Pitras
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8 août 2008 (heure de bord = TU - 4)
72°42'N - 079°03'W
23h55 heure locale

Aujourd'hui, le village est en effervescence, beaucoup de gens se préparent à partir en week-end tandis que les autres profitent du beau temps pour faire des travaux de maintenance avant le retour du froid. De notre côté nous nous employons aux ultimes préparatifs en attendant les deux derniers équipiers qui arrivent en fin d'après midi. Pond Inlet est un lieu très attachant. Le voyage continue mais comme à chaque escale depuis le départ, nous avons le cœur gros au moment du départ.
A 19h00 tout le monde est à bord, nous démarrons la cinquième étape de l'expédition sur une mer calme.


Jeune fille au travail - Gabriel pitras

Jeune fille au travail
Photo Gabriel Pitras
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