3 août 2008
(heure de bord = TU - 4)
Pond Inlet (Nunavut - Canada)
23h30 heure locale
L'étape était courte aujourd'hui. 10 milles à peine séparent Port Albert
de Pond Inlet. Nous arrivons devant le village au même moment que le
bateau des coast guards "Henry Larsen".
Pond Inlet n'est pas un mouillage à proprement parler. Il faut se tenir
prêt à appareiller d'un moment à l'autre si le vent se met à souffler du
secteur exposé. Nous jetons l'ancre devant la plage,
tout est calme. Un léger ressac brise sur le sable. En débarquant, nous
nous dirigeons vers les locaux de la Police Montée Canadienne, à
quelques mètres de là, pour prendre contact et
démarrer nos formalités d'entrée au Canada. L'accueil est chaleureux, en
revanche les papiers attendront mardi car demain est un jour férié. Ils
sont tenus de prévenir les administrations
compétentes dans le sud dont les bureaux sont fermés. Nous pouvons évidemment aller et venir comme bon nous semble entre temps.
Ainsi s'achève la quatrième étape de l'expédition.
L'équipage d'Ilulissat à Pond Inlet était exclusivement français.
En haut, de gauche à droite :
Laurent Ceresoli,
Gabriel Pitras,
Emilie Guegan,
Patrick Boidin,
Daniel Desage,
Dominique Dufayard,
Delphine Maratier.
En bas, de gauche à droite :
Pierre Vanloot,
Olivier Pitras.
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2 août 2008
(heure de bord = TU - 4)
Port Albert (72°45'8N - 077°29'4W)
23h20 heure locale
Nous avons passé une nuit confortable qui nous a permis de récupérer de
la fatigue accumulée pendant l'étape. Au réveil, le mouillage est d'un
calme absolu. Le ciel est clair. Les bonnes
dispositions de la météo nous incitent à débarquer pour aller faire
quelques prélèvements à terre. Nous trouvons dans le sud de la baie une
plage de sable fin. Les plantes et fleurs arctiques
sont nombreuses sur les premiers contreforts du relief. Nous longeons un
profond canyon. Le paysage est sauvage mais nullement austère sous ce
soleil radieux. En amont du canyon, les
pentes douces nous permettent d'accéder au torrent dont l'eau est à
4,3°C. L'envie d'une douche incite la moitié d'entre nous à s'y plonger
un instant. Les mesures d'eau sont par la suite
effectuées en caleçon de bain. C'est une image peu habituelle de ces
régions mais qui n'illustre pas spécialement le réchauffement climatique
car l'Arctique a toujours connu des températures
de ce type pendant l'été, au soleil, à l'abri du vent. De retour à bord,
une forte brise se lève et la brume envahit notre abri. Nous décidons de
passer une nuit supplémentaire à Port Albert.
Demain, nous prenons le chemin de Pond Inlet. |
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1er août 2008
(heure de bord = TU - 4)
Port Albert (72°45'8N - 077°29'4W)
23h15 heure locale
Le soleil retrouvé nous offre une lumière magique à minuit. Prés de la
côte, les bancs de brume, posés sur l'eau, dessinent des bandes
lumineuses au pied des montagnes. Aussi loin que porte
le regard, aucune banquise n'est visible. Quelques icebergs dérivent
proches du relief. Il faut attendre 5 heures du matin pour apercevoir
les premiers growlers. Nous sommes à quelques milles
du détroit qui sépare dans le sud l'île Byllot de la Terre de Baffin. La
glace est clairsemée, nous slalomons puis marquons une halte pour un événement spécial.
Tout est calme, "Southern Star"
dérive sur une mer d'huile. Nous attendons l'éclipse de soleil visible
seulement en zone arctique. Elle démarre, nous observons nettement la
lune entrer dans le cercle solaire pendant le premier
quart d'heure puis une bande de nuages nous masque ce spectacle
fascinant. Nous attendons toutefois que le moment le plus sombre soit
passé pour reprendre la route. La portion de mer qui
se trouve devant Pond Inlet s'appelle "Eclipse Sound", voilà une belle
coïncidence. Il est 14h00 quand l'ancre descend entre l'île Beloeil et
le Terre de Baffin. Nous sommes arrivés à Port Albert à
une dizaine de milles de Pond Inlet. Nous changeons d'heure et passons à
l'heure locale (TU - 4), nous avons désormais 6 heures de décalage avec
la France. Nous sommes aux portes du passage
du Nord-Ouest. |
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31 juillet 2008
(heure de bord = TU - 2)
73°01'N - 74°53'W
23h55 heure locale
La brise de sud-est se maintient, le brouillard également. Nous
contrôlons l'allure autour de 6nds car les petits icebergs, pour peu
qu'ils soient arrondis, donnent un piètre écho au radar. A 8h00,
une courte éclaircie nous permet de constater que leur concentration est
faible, nous en comptons seulement 7 sur tout l'horizon dont 2 énormes.
La visibilité se referme, nous poursuivons
notre bonhomme de chemin. La matinée se passe ainsi à sauter d'un banc
de brume à un autre. En début d'après midi tout se dissipe, nous
retrouvons une excellente visibilité et découvrons la
Terre de Baffin à 65 milles (120 kms). Nous en apercevons les sommets
enneigés, les cols, les ravins avec une acuité étonnante. La terre en
vue relance les discussions sur le passage du
Nord-Ouest, les tentatives heureuses et malheureuses, les découvertes,
les franchissements en voiliers d'hier et d'aujourd'hui. L'ambiance à
bord est joyeuse. Le vent tombe en début de soirée,
la mer est d'huile, puis revient d'ouest nord-ouest, faible mais
suffisant pour avancer. Au loin, se dessine l'entrée du détroit deLancaster dans lequel nous nous engagerons dans quelques jours.
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30 juillet 2008
(heure de bord = TU - 2)
74°25'N - 069°13'W
23h15 heure locale
L'éclaircie n'aura durée que peu de temps, la brume revient encore plus épaisse que la première fois, le vent est fort. Nous essayons tant bien
que mal d'évaluer la dérive de la glace ces
dernières 24h. Nous montons encore plus nord que nos plans le
prévoyaient en essayant de gagner dans l'ouest. A 8h nous ne sommes qu'à
42 milles (78 kms) dans le sud du cap York qui
marque dans l'ouest la baie de Melville. Notre horizon se résume aux
quelques morceaux de banquises qui nous entourent, tout est gris. Une épaisse neige fondue couronne le tout. En fin de
matinée, nous sommes par 75°12'N. C'est le point le plus septentrional
de toute l'expédition. Nous décidons de tenter un passage vers le sud
ouest. Chaque fois que nous trouvons une zone
dense, nous poussons plus à l'ouest, mais nous pouvons tant bien que mal
tenir la route. La carte indique un bassin d'eau libre entre deux champs
de glace que nous atteignons au bout de
quatre heures de navigation incertaine. Nous prenons la route vers la
prochaine zone. Nous sommes fatigués. La navigation dans ces conditions
demande une attention de chaque instant.
Deux veilleurs, un de chaque côté, donnent les informations au barreur.
Certains passages sont étroits et nous n'avons pas droit à l'erreur. Il
est 22h30 quand nous laissons dans notre sillage
les derniers glaçons. L'ondulation du large nous confirme que nous avons
de l'eau libre au vent. Nous renvoyons un peu de toile pour augmenter
légèrement l'allure. Le brouillard ne nous a pas lâchés mais nous sommes
libres, en route vers Pond Inlet. |
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29 juillet 2008
(heure de bord = TU - 2)
74°40'N - 063°06'W
23h00 heure locale
Notre remontée vers le nord, dans le chenal que forme les côtes du
Groenland à l'est et la banquise à l'ouest, devrait s'achever bientôt.
Nous approchons d'une zone de glace dérivante que
nous devrions pouvoir franchir. L'équipe de quart scrute l'horizon
attentive au moindre signe. A 4h00, l'équipier de veille annonce de la
glace en vue devant, sur tout l'horizon. A la jumelle,
l'obstruction semble infranchissable, un véritable mur de glace uniforme
se dresse sur notre route. Nous poussons plus avant. Ce phénomène est dû
à une importante réfraction. Le moindre
glaçon prend, dans de telles circonstances, des allures de forteresse.
Le vent se lève de sud et nous pousse. Il faut attendre le début d'après
midi pour avoir une vue directe sur le champ de
glace. Cette fois, c'est vraiment tout blanc. La banquise présente une
bande dense sur laquelle la mer brise car nous entrons du côté d'où
vient le vent. Il faut trouver une porte. Nous longeons
patiemment le rempart pour enfin repérer un accès par lequel nous nous
engouffrons. Rapidement, les vagues s'estompent, nous naviguons à
vitesse réduite avec un minuscule bout de toile.
Le turquoise de la glace est fascinant, cet univers est de toute beauté.
A peine avons-nous parcouru quelques milles dans le labyrinthe qu'une
brume épaisse nous prive de notre précieuse
visibilité. Nous avançons à tâtons, la situation est peu réjouissante.
Les visages sont tendus. Notre sort en est réduit à décrypter
l'impossible. Toutefois, d'heure en heure, la banquise se détend
et les portes sont de plus en plus larges. Nous considérons finalement
notre situation avec plus de légèreté. Aussi rapidement qu'elle était
venue, la brume se déchire, Le soleil transforme en un
clin d'œil notre morne décor en une symphonie de couleurs. Nous
reprenons la route heureux d'avoir franchi cette première obstruction.
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28 juillet 2008
(heure de bord = TU - 2)
73°10'N - 60°50'W
23h45 heure locale
Le brouillard se lève en fin de matinée. La densité d'icebergs est plus
importante au fur et à mesure que nous approchons de la baie de
Melville. Le ciel est complètement dégagé et le vent
devient favorable. Une brise légère nous pousse sur la route à bonne
vitesse (~7nds). Il n'est plus question de ralentir l'allure avec cette
visibilité retrouvée. La veille à la glace devient une
partie de plaisir, les visages se détendent. Bien couvert, l'équipier de
veille ne lâche pas pour autant son attention. Dans la soirée, le vent
tombe mais nous gardons encore une vitesse
honorable. Nous avons la visite d'un jeune phoque curieux. Il vient à
plusieurs reprises nager autour du bateau, lève la tête et s'en retourne
comme il était venu. Cet univers polaire nous est
désormais familier, nous commentons chacun des nombreux icebergs que
nous croisons, tous différents et majestueux. |
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27 juillet 2008
(heure de bord = TU - 2)
71°32'N - 058°40'W
23h55 heure locale
A peine en mer, le vent conforme aux prévisions s'établit au nord,
modéré. Nous tirons nos bords. La mer est peu agitée, nous progressons
confortablement. En milieu de journée, une brume épaisse s'abat sur nous pour ne plus nous lâcher. Nous passons à 1/4 de
mille (450 mètres) d'icebergs sans même les voir. Parfois, la visibilité
s'améliore un peu, une forme fantomatique surgit
et s'estompe aussitôt (photo du jour iceberg à babord). La veille est
permanente car les plus petites glaces ne donnent pas d'écho au radar.
Sur le pont tout est humide et froid. Nous avons
désormais la sensation de nous enfoncer réellement dans les profondeurs
du septentrion. Dans cette purée de pois, nous tenons le bateau
volontairement à vitesse réduite (maxi 6,5 nds).
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26 juillet 2008
(heure de bord = TU - 2)
70°37'N - 055°30'W
23h55 heure locale
5 heures du matin, nous sortons du fjord Torssukatak pour déboucher sur
le détroit de Vaigat. La glace est ici moins dense. Seuls quelques
dizaines d'icebergs et des growlers éparses sont en
vue. Le ciel est dégagé. Les montagnes de part et d'autre du détroit
culminent à 1400 mètres environ. Très érodés et escarpés, les sommets
sont couronnés de nuages. Au loin, dans l'ouest,
des bancs de brume éparses venant du large s'engouffrent dans le passage
et rampent au ras de l'eau vers les berges, laissant le centre du
détroit sous un soleil radieux. La brise est contraire,
nous progressons lentement. La sortie est à 70 milles (135 kms). La fin
de journée, nous voit devant l'île Hareoe dernier jalon avant le large.
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25 juillet 2008
(heure de bord = TU - 2)
69°56'N - 051°04'W
23h55 heure locale
Nous profitons du calme de notre abri pour faire des prélèvements de
sédiments et d'eau. L'opération est longue car Pierre fait un profil
complet de la baie en salinité. Les mesures sont
effectuées à chaque mètre de profondeur. Emilie quant à elle, récupère
d'un échantillon de terre, de petits arthropodes dans un flacon
d'éthanol. En début d'après midi, nous nous engageons
plus profondément dans le fjord en direction du glacier qui ne cesse de
gronder. C'est là que se trouve la cabane de Paul Emile Victor. Autour
du bâtiment d'origine, six minuscules chalets ont été construit pour le tourisme. L'endroit fait face au glacier. Pour nos
prélèvements à terre, nous préférons débarquer non loin de la moraine
latérale sud du glacier à quelques distances du
campement. Quand un pan du glacier s'effondre, la plage est violemment
balayée par une série de vagues qui pourrait être dangereuse pour qui
n'est pas averti. Deux touristes danois ont ainsi
trouvé la mort il y a deux semaines près de Uummannaq. Quand toute
l'équipe est de nouveau à bord, nous continuons la route. La glace se
densifie dans le nord, le passage est étroit et aucun
travaux d'hydrographie ont été menés dans cette zone. Nous progressons
avec prudence. De loin en loin, des portions plus dégagées nous
permettent de relâcher un peu l'attention. Doucement mais surement nous
gagnons vers le détroit qui sépare l'île de Disko du Groenland.
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24 juillet 2008
(heure de bord = TU - 2)
Port Victor (69°45' N - 050°22' W)
23h45 heure locale
Au réveil, la tubulure que nous avons sur le tableau arrière est tordue.
Le gros glaçon (voir le journal du 23) est repassé par-là dans la nuit, nous l'avons bien
entendu racler contre la coque mais sans penser une
seconde qu'il pourrait se manifester ainsi. Heureusement il n'y a aucun
autre dégât.
Notre prochaine étape étant Pond Inlet où il n'y a pas de
ponton ni de quai, nous remplissons les barils que
nous avons prévus pour l'occasion. Désormais l'eau et le fuel que nous
mettrons à bord nécessiteront pour être embarqué un gros travail de
portage. Il est 14h00 quand les amarres sont
larguées. Le temps est calme, la baie est couverte d'Icebergs. Avant de
prendre la mer vers le Nunavut, nous avons décidé de faire une boucle
par Port Victor. C'est là que Paul Emile Victor
avait établi son camp pour la traversée du Groenland. Le souffle de
trois baleines à bosse brise la ligne d'horizon. Les icebergs paraissent
encore plus énormes à la jumelle, la réfraction étire
leur image vers le haut. La zone où se trouve "Port Victor" n'est pas
hydrographiée, nous avançons avec prudence, la glace est partout mais
peu dense. Il est 23h00 quand l'ancre immobilise "Southern Star" derrière la pointe qui nous protège des deux glaciers
maritimes du fond du fjord.
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