Expedition Around North America

Journal de bord
Etape 4 :
Ilulissat (groenland) - Pond Inlet (Nunavut)
(24 juillet - 3 août 2008)

Expedition Around North America
Editorial d'Olivier Pitras
Expedition
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Etape 4
Ilulissat (Groenland) - Pond Inlet (Nunavut)
(24 juillet - 3 Août 2008)
3 août 2008 (heure de bord = TU - 4)
Pond Inlet (Nunavut - Canada)
23h30 heure locale

L'étape était courte aujourd'hui. 10 milles à peine séparent Port Albert de Pond Inlet. Nous arrivons devant le village au même moment que le bateau des coast guards "Henry Larsen". Pond Inlet n'est pas un mouillage à proprement parler. Il faut se tenir prêt à appareiller d'un moment à l'autre si le vent se met à souffler du secteur exposé. Nous jetons l'ancre devant la plage, tout est calme. Un léger ressac brise sur le sable.
En débarquant, nous nous dirigeons vers les locaux de la Police Montée Canadienne, à quelques mètres de là, pour prendre contact et démarrer nos formalités d'entrée au Canada. L'accueil est chaleureux, en revanche les papiers attendront mardi car demain est un jour férié. Ils sont tenus de prévenir les administrations compétentes dans le sud dont les bureaux sont fermés. Nous pouvons évidemment aller et venir comme bon nous semble entre temps. Ainsi s'achève la quatrième étape de l'expédition.

L'équipage d'Ilulissat à Pond Inlet était exclusivement français.
En haut, de gauche à droite : Laurent Ceresoli, Gabriel Pitras, Emilie Guegan, Patrick Boidin, Daniel Desage, Dominique Dufayard, Delphine Maratier.

En bas, de gauche à droite : Pierre Vanloot, Olivier Pitras.


Equipage Ilulissat-Pond Inlet - Patrick Boidin

Equipage Ilulissat - Pond Inlet
Photo Patrick Boidin
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2 août 2008 (heure de bord = TU - 4)
Port Albert (72°45'8N - 077°29'4W)
23h20 heure locale

Nous avons passé une nuit confortable qui nous a permis de récupérer de la fatigue accumulée pendant l'étape. Au réveil, le mouillage est d'un calme absolu. Le ciel est clair. Les bonnes dispositions de la météo nous incitent à débarquer pour aller faire quelques prélèvements à terre. Nous trouvons dans le sud de la baie une plage de sable fin. Les plantes et fleurs arctiques sont nombreuses sur les premiers contreforts du relief. Nous longeons un profond canyon. Le paysage est sauvage mais nullement austère sous ce soleil radieux.
En amont du canyon, les pentes douces nous permettent d'accéder au torrent dont l'eau est à 4,3°C. L'envie d'une douche incite la moitié d'entre nous à s'y plonger un instant. Les mesures d'eau sont par la suite effectuées en caleçon de bain. C'est une image peu habituelle de ces régions mais qui n'illustre pas spécialement le réchauffement climatique car l'Arctique a toujours connu des températures de ce type pendant l'été, au soleil, à l'abri du vent. De retour à bord, une forte brise se lève et la brume envahit notre abri. Nous décidons de passer une nuit supplémentaire à Port Albert. Demain, nous prenons le chemin de Pond Inlet.


Analyse d'eau- Daniel Desage

Analyse d'eau
Photo Daniel Desage
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1er août 2008 (heure de bord = TU - 4)
Port Albert (72°45'8N - 077°29'4W)
23h15 heure locale

Le soleil retrouvé nous offre une lumière magique à minuit. Prés de la côte, les bancs de brume, posés sur l'eau, dessinent des bandes lumineuses au pied des montagnes. Aussi loin que porte le regard, aucune banquise n'est visible. Quelques icebergs dérivent proches du relief. Il faut attendre 5 heures du matin pour apercevoir les premiers growlers. Nous sommes à quelques milles du détroit qui sépare dans le sud l'île Byllot de la Terre de Baffin. La glace est clairsemée, nous slalomons puis marquons une halte pour un événement spécial.
Tout est calme, "Southern Star" dérive sur une mer d'huile. Nous attendons l'éclipse de soleil visible seulement en zone arctique. Elle démarre, nous observons nettement la lune entrer dans le cercle solaire pendant le premier quart d'heure puis une bande de nuages nous masque ce spectacle fascinant. Nous attendons toutefois que le moment le plus sombre soit passé pour reprendre la route. La portion de mer qui se trouve devant Pond Inlet s'appelle "Eclipse Sound", voilà une belle coïncidence. Il est 14h00 quand l'ancre descend entre l'île Beloeil et le Terre de Baffin. Nous sommes arrivés à Port Albert à une dizaine de milles de Pond Inlet. Nous changeons d'heure et passons à l'heure locale (TU - 4), nous avons désormais 6 heures de décalage avec la France. Nous sommes aux portes du passage du Nord-Ouest.


Eau libre- Delphine Martier"

Eclipse de soleil
Photo Gabriel Pitras
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31 juillet 2008 (heure de bord = TU - 2)
73°01'N - 74°53'W
23h55 heure locale

La brise de sud-est se maintient, le brouillard également. Nous contrôlons l'allure autour de 6nds car les petits icebergs, pour peu qu'ils soient arrondis, donnent un piètre écho au radar. A 8h00, une courte éclaircie nous permet de constater que leur concentration est faible, nous en comptons seulement 7 sur tout l'horizon dont 2 énormes.
La visibilité se referme, nous poursuivons notre bonhomme de chemin. La matinée se passe ainsi à sauter d'un banc de brume à un autre. En début d'après midi tout se dissipe, nous retrouvons une excellente visibilité et découvrons la Terre de Baffin à 65 milles (120 kms). Nous en apercevons les sommets enneigés, les cols, les ravins avec une acuité étonnante.
La terre en vue relance les discussions sur le passage du Nord-Ouest, les tentatives heureuses et malheureuses, les découvertes, les franchissements en voiliers d'hier et d'aujourd'hui. L'ambiance à bord est joyeuse. Le vent tombe en début de soirée, la mer est d'huile, puis revient d'ouest nord-ouest, faible mais suffisant pour avancer. Au loin, se dessine l'entrée du détroit deLancaster dans lequel nous nous engagerons dans quelques jours.


Eau libre- Delphine Martier"

Arrivée au Nunavut (Canada)
Photo Delphine Maratier
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30 juillet 2008 (heure de bord = TU - 2)
74°25'N - 069°13'W
23h15 heure locale

L'éclaircie n'aura durée que peu de temps, la brume revient encore plus épaisse que la première fois, le vent est fort. Nous essayons tant bien que mal d'évaluer la dérive de la glace ces dernières 24h. Nous montons encore plus nord que nos plans le prévoyaient en essayant de gagner dans l'ouest. A 8h nous ne sommes qu'à 42 milles (78 kms) dans le sud du cap York qui marque dans l'ouest la baie de Melville. Notre horizon se résume aux quelques morceaux de banquises qui nous entourent, tout est gris. Une épaisse neige fondue couronne le tout. En fin de matinée, nous sommes par 75°12'N. C'est le point le plus septentrional de toute l'expédition. Nous décidons de tenter un passage vers le sud ouest. Chaque fois que nous trouvons une zone dense, nous poussons plus à l'ouest, mais nous pouvons tant bien que mal tenir la route. La carte indique un bassin d'eau libre entre deux champs de glace que nous atteignons au bout de quatre heures de navigation incertaine. Nous prenons la route vers la prochaine zone. Nous sommes fatigués. La navigation dans ces conditions demande une attention de chaque instant. Deux veilleurs, un de chaque côté, donnent les informations au barreur. Certains passages sont étroits et nous n'avons pas droit à l'erreur.
Il est 22h30 quand nous laissons dans notre sillage
les derniers glaçons. L'ondulation du large nous confirme que nous avons de l'eau libre au vent. Nous renvoyons un peu de toile pour augmenter légèrement l'allure. Le brouillard ne nous a pas lâchés mais nous sommes libres, en route vers Pond Inlet.


Eau libre- Delphine Martier"

Eau Libre, soleil retrouvé
Photo Delphine Maratier
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29 juillet 2008 (heure de bord = TU - 2)
74°40'N - 063°06'W
23h00 heure locale

Notre remontée vers le nord, dans le chenal que forme les côtes du Groenland à l'est et la banquise à l'ouest, devrait s'achever bientôt. Nous approchons d'une zone de glace dérivante que nous devrions pouvoir franchir. L'équipe de quart scrute l'horizon attentive au moindre signe. A 4h00, l'équipier de veille annonce de la glace en vue devant, sur tout l'horizon. A la jumelle, l'obstruction semble infranchissable, un véritable mur de glace uniforme se dresse sur notre route. Nous poussons plus avant. Ce phénomène est dû à une importante réfraction. Le moindre
glaçon prend, dans de telles circonstances, des allures de forteresse. Le vent se lève de sud et nous pousse. Il faut attendre le début d'après midi pour avoir une vue directe sur le champ de glace. Cette fois, c'est vraiment tout blanc. La banquise présente une bande dense sur laquelle la mer brise car nous entrons du côté d'où vient le vent. Il faut trouver une porte. Nous longeons patiemment le rempart pour enfin repérer un accès par lequel nous nous engouffrons. Rapidement, les vagues s'estompent, nous naviguons à vitesse réduite avec un minuscule bout de toile.
Le turquoise de la glace est fascinant, cet univers est de toute beauté.
A peine avons-nous parcouru quelques milles dans le labyrinthe qu'une brume épaisse nous prive de notre précieuse visibilité. Nous avançons à tâtons, la situation est peu réjouissante. Les visages sont tendus. Notre sort en est réduit à décrypter l'impossible. Toutefois, d'heure en heure, la banquise se détend et les portes sont de plus en plus larges. Nous considérons finalement notre situation avec plus de légèreté. Aussi rapidement qu'elle était venue, la brume se déchire, Le soleil transforme en un clin d'œil notre morne décor en une symphonie de couleurs. Nous reprenons la route heureux d'avoir franchi cette première obstruction.


Refraction sur la banquise- Delphine Martier"

Réfraction sur la glace
Photo Delphine Maratier
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28 juillet 2008 (heure de bord = TU - 2)
73°10'N - 60°50'W
23h45 heure locale

Le brouillard se lève en fin de matinée. La densité d'icebergs est plus importante au fur et à mesure que nous approchons de la baie de Melville. Le ciel est complètement dégagé et le vent devient favorable. Une brise légère nous pousse sur la route à bonne vitesse (~7nds). Il n'est plus question de ralentir l'allure avec cette visibilité retrouvée. La veille à la glace devient une partie de plaisir, les visages se détendent. Bien couvert, l'équipier de veille ne lâche pas pour autant son attention.
Dans la soirée, le vent tombe mais nous gardons encore une vitesse honorable. Nous avons la visite d'un jeune phoque curieux. Il vient à plusieurs reprises nager autour du bateau, lève la tête et s'en retourne comme il était venu. Cet univers polaire nous est désormais familier, nous commentons chacun des nombreux icebergs que nous croisons, tous différents et majestueux.


Jeune phoque annelé /Young ringed seal- Photo Pierre Vanloot

Phoque Annelé
Photo Pierre Vanloot
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27 juillet 2008 (heure de bord = TU - 2)
71°32'N - 058°40'W

23h55 heure locale

A peine en mer, le vent conforme aux prévisions s'établit au nord, modéré. Nous tirons nos bords. La mer est peu agitée, nous progressons confortablement. En milieu de journée, une brume épaisse s'abat sur nous pour ne plus nous lâcher. Nous passons à 1/4 de mille (450 mètres) d'icebergs sans même les voir. Parfois, la visibilité s'améliore un peu, une forme fantomatique surgit et s'estompe aussitôt (photo du jour iceberg à babord). La veille est permanente car les plus petites glaces ne donnent pas d'écho au radar.
Sur le pont tout est humide et froid. Nous avons désormais la sensation de nous enfoncer réellement dans les profondeurs du septentrion. Dans cette purée de pois, nous tenons le bateau volontairement à vitesse réduite (maxi 6,5 nds).


Veille aux Iceberg dans la brume/ Look after the icebergs in he mist - Photo Delphine Maratier

Veille aux Icebergs dans la brume
Photo Delphine Maratier
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26 juillet 2008 (heure de bord = TU - 2)
70°37'N - 055°30'W

23h55 heure locale

5 heures du matin, nous sortons du fjord Torssukatak pour déboucher sur le détroit de Vaigat. La glace est ici moins dense. Seuls quelques dizaines d'icebergs et des growlers éparses sont en vue. Le ciel est dégagé. Les montagnes de part et d'autre du détroit culminent à 1400 mètres environ. Très érodés et escarpés, les sommets sont couronnés de nuages. Au loin, dans l'ouest, des bancs de brume éparses venant du large s'engouffrent dans le passage et rampent au ras de l'eau vers les berges, laissant le centre du détroit sous un soleil radieux.
La brise est contraire, nous progressons lentement. La sortie est à 70 milles (135 kms). La fin de journée, nous voit devant l'île Hareoe dernier jalon avant le large.


Détroit de Vaigat - Photo Delphine Maratier

Détroit de Vaigat
Photo Delphine Maratier
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25 juillet 2008 (heure de bord = TU - 2)
69°56'N - 051°04'W

23h55 heure locale

Nous profitons du calme de notre abri pour faire des prélèvements de sédiments et d'eau. L'opération est longue car Pierre fait un profil complet de la baie en salinité. Les mesures sont effectuées à chaque mètre de profondeur. Emilie quant à elle, récupère d'un échantillon de terre, de petits arthropodes dans un flacon d'éthanol.
En début d'après midi, nous nous engageons plus profondément dans le fjord en direction du glacier qui ne cesse de gronder. C'est là que se trouve la cabane de Paul Emile Victor. Autour du bâtiment d'origine, six minuscules chalets ont été construit pour le tourisme. L'endroit fait face au glacier. Pour nos prélèvements à terre, nous préférons débarquer non loin de la moraine latérale sud du glacier à quelques distances du campement. Quand un pan du glacier s'effondre, la plage est violemment balayée par une série de vagues qui pourrait être dangereuse pour qui n'est pas averti. Deux touristes danois ont ainsi trouvé la mort il y a deux semaines près de Uummannaq.
Quand toute l'équipe est de nouveau à bord, nous continuons la route. La glace se densifie dans le nord, le passage est étroit et aucun travaux d'hydrographie ont été menés dans cette zone. Nous progressons avec prudence. De loin en loin, des portions plus dégagées nous permettent de relâcher un peu l'attention. Doucement mais surement nous gagnons vers le détroit qui sépare l'île de Disko du Groenland.


Navigation attentive dans le brash - Photo Delphine Maratier

Navigation attentive dans le brash
Photo Delphine Maratier
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24 juillet 2008 (heure de bord = TU - 2)
Port Victor
(69°45' N - 050°22' W)
23h45 heure locale

Au réveil, la tubulure que nous avons sur le tableau arrière est tordue. Le gros glaçon (voir le journal du 23) est repassé par-là dans la nuit, nous l'avons bien entendu racler contre la coque mais sans penser une seconde qu'il pourrait se manifester ainsi. Heureusement il n'y a aucun autre dégât.
Notre prochaine étape étant Pond Inlet où il n'y a pas de ponton ni de quai, nous remplissons les barils que nous avons prévus pour l'occasion. Désormais l'eau et le fuel que nous mettrons à bord nécessiteront pour être embarqué un gros travail de portage.
Il est 14h00 quand les amarres sont larguées. Le temps est calme, la baie est couverte d'Icebergs. Avant de prendre la mer vers le Nunavut, nous avons décidé de faire une boucle
par Port Victor. C'est là que Paul Emile Victor avait établi son camp pour la traversée du Groenland. Le souffle de trois baleines à bosse brise la ligne d'horizon. Les icebergs paraissent encore plus énormes à la jumelle, la réfraction étire leur image vers le haut. La zone où se trouve "Port Victor" n'est pas hydrographiée, nous avançons avec prudence, la glace est partout mais peu dense.
Il est 23h00 quand l'ancre immobilise "Southern Star" derrière la pointe qui nous protège des deux glaciers maritimes du fond du fjord.


Plein d'au avant le départ - Delphine Maratier

Plein d'au avant le départ
Photo Delphine Maratier
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