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Etape 3
Nuuk - Ilulissat (Groenland)
(1er juillet - 11 juillet 2008)
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11 juillet (heure
de bord = TU - 2)
Ilulissat, 69°13'N - 051°05'W, 20h00 heure
locale
Une barrière
ininterrompue d'icebergs se dresse à l'ouvert
du fjord dans lequel coule le glacier. Ici la démesure est totale.
Nous sommes obligés de changer la route initialement prévue
pour contourner une zone de glaces denses, des millions de
tonnes nous barrent la route. Bientôt, nous trouvons un passage
en direction d'Ilulissat dont nous apercevons les premières maisons
colorées.
Il est difficile de conserver la distance de sécurité tant
la concentration d'icebergs est grande. Doucement mais surement,
nous nous approchons du but. Le port est minuscule, encombré de
growlers. Il est cinq heures du matin quand nous trouvons une place
provisoire sur le quai à cargo.
Notre arrivée à Ilulissat marque la fin de la troisième étape
de l'expédition. Nous avons parcouru3122 milles (5782 kms) depuis
le départ de Tromsø.
L'équipage pour l'étape Nuuk-Ilulissat regroupait cinq
nationalités.
| En bas, de gauche à droite : |
En haut de gauche à droite
: |
Delphine Maratier (France)
Thierry Robert (France)
Pierre Tual (France)
Laurent Ceresoli (France)
Harald Gridl (Autriche)
Alain Cabal (France) |
Didier Lasserre (France)
Olivier Pitras (France)
Gunnar Nerdrum (Norvège)
Helga Lilja Bjornsdottir (Islande)
Knut Vibe (Suisse)
Gabriel Pitras (France) |
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10 juillet (heure
de bord = TU - 2)
69°10'N - 051°13'W, 23h00 local
La fin d'après midi est proche, nous pointons notre étrave
vers une ancienne base baleinière. Les abords ne sont pas cartographiés,
l'approche se fait doucement, l'œil rivé sur le sondeur, à l'affut
de la moindre ride suspecte sur l'eau. Nous trouvons un mouillage, par
sept mètres de fond, assez bien protégé. Une équipe
débarque, une autre reste à bord prête à manœuvrer.
A
terre nous ne trouvons rien de vraiment intéressant qui puisse
nous renseigner sur une technique particulière de chasse ou de
traitement des baleines.
Nous reprenons la mer en direction d'Ilulissat. Quelques gouttes
de pluie n'entament en rien notre enthousiasme. Le spectacle est féerique. Aussi loin que
porte le regard, d'énormes icebergs occupent l'espace, châteaux
forts, tours, îles, montagnes... Tous les mots qui expriment le gigantisme
sont adaptés à la situation. Certains icebergs culminent à plus
de cent mètres au-dessus des flots. Tous sont issus du glacier "Sermeq
Kujalleq" (Jacobshavn). Ce glacier, classé au patrimoine de l'Unesco,
est devenu récemment une figure emblématique du réchauffement
climatique.
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9 juillet (heure
de bord = TU - 2)
Qasigiannguit (Christianhaab) 68°48'N - 051°11'W
23h00 heure locale
La météo annonce des calmes pour la journée. L'étape vers qasigiannguit s'annonce tranquille. A peine avons nous dégagé l'archipel au cœur duquel s'abrite Aasiaat que les premiers icebergs se dressent sur notre route. La douceur du temps nous laisse tout le loisir de profiter de chacun d'eux. Notre route serpente afin de ne pas approcher les plus gros. Au nord de l'archipel 'Groenne Ejland" une multitude d'entres eux
sont échoués sur les hauts fonds. Le spectacle qu'ils offrent est
fascinant, seul l'homme de barre et la vigie restent concentrés sur la
route et les plus petites glaces qu'il faut éviter. Le reste de
l'équipage admire et commente chacun d'eux.
Nous pénétrons en début de soirée dans la baie bien abritée de
qasigiannguit. Une iceberg échouée en marque l'entrée. Le village
s'étend sur les hauteurs d'une colline escarpée |
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8 juillet (heure
de bord = TU - 2)
68°44'N - 052°49'W, 22h30 heure locale
Après une visite au village dans la matinée,
nous appareillons pour retrouver les baleines à bosse qui sont
toujours là dans
la baie. Depuis hier soir nous les apercevons régulièrement.
L'équipe de tournage s'équipe de combinaisons de survie
et charge le matériel dans le dinghy. L'idée est de se
présenter à bonne distance sur la trajectoire des baleines
et d'attendre moteur coupé en espérant qu'elles passent à proximité.
L'eau est trouble mais les caissons étanches sont en place.
L'attente se fait au beau milieu d'un banc de krill quand soudain
une énorme gueule ouverte jaillit des profondeurs et touche le
dinghy. A bord, l'émotion est forte. Tout est allé très
vite mais les images sont dans la boite, difficiles à interpréter
dans cette eau trouble, c'est l'intérieur de la bouche grande
ouverte. Quand la séquence se termine, nous faisons une halte
sur un plateau à cinquante mètres de fond et attrapons
six morues et deux flétans en une heure. Ils nous garantissent
deux repas. La séance de pêche est l'occasion de revenir
sur la rencontre avec la baleine. Il est extrêmement rare qu'une
baleine vienne au contact. Elle a du être surprise dans cette
eau trouble. Le dinghy était difficile à identifier, silencieux
au milieu d'un banc de krill.
Il est 22H00 quand l'ancre descend
devant une île minuscule et marque la fin de notre journée
de navigation. |
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7 juillet (heure
de bord = TU - 2)
Aasiaat (68°42'N - 052°52' W),
23h00 local
Au fur et à mesure que nous progressons, les icebergs se font de plus en
plus nombreux. La côte est noyée dans une épaisse brume, nous mettons le
radar. Les îles et récifs sont nombreux, les icebergs rajoutent à la
complexité de ce décor invisible, il est difficile de faire la part des
choses en observant l'écran du radar constellé d'échos. Une immense
auréole lumineuse entoure les icebergs que nous approchons. Parfois ils
surgissent et s'imposent au regard ! C’est un spectacle irréel,
fantomatique. Les growlers (morceaux de glace plus petits) sont nombreux
sous le vent du monstre, il faut redoubler d'attention. A quelques
milles d'Aasiaat, la brume disparaît subitement et nous laisse sous un
grand ciel bleu. L'heure du déjeuner approche, nous décidons de mouiller
pour l'occasion entre deux îles de cet immense archipel. Il faut trouver
notre chemin au sondeur et à la couleur de l'eau car la zone n'est pas
hydrographiée. Finalement nous trouvons notre bonheur. Sur la berge, des
chiens de traîneaux hurlent leur bonheur d'avoir de la visite. Ils sont
déposés là pour l'été, seuls, livrés à eux même. Un canot à moteur
approche et jette sur la rive de gros morceaux de viande, probablement
du phoque. Après un signe de bienvenue, le bateau s'en retourne et
disparaît dans le goulet étroit qui mène au village.
Après ce moment de
repos bien mérité, nous continuons, passons l'étranglement et débouchons
dans une grande baie au sud de laquelle s'étend Aasiaat. Six baleines à
bosse sont à table, le krill est tellement nombreux qu'il en est
visible, la surface de l'eau crépite. Nous passons deux heures magiques
en leur compagnie. Il est finalement tard quand nous mouillons devant le
village.
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6 juillet (heure
de bord = TU - 2)
67°41' N - 054°10' W
, 23h55 heure locale
La nuit passée au mouillage devant le village de Sissimiut a répondu à
nos attentes. Nous entamons la journée bien reposés. En débarquant, nous
rencontrons à la sortie de l'église une joyeuse troupe célébrant une
communion. Tout le monde a vêtu pour l'occasion les tenues
traditionnelles. Nous sommes spontanément invités à partager cette fête
et nous nous retrouvons installés devant de somptueux gâteaux et un
merveilleux cognac. L’ambiance est gaie mais nous ne pouvons pas nous
attarder plus longtemps si nous voulons respecter l'heure prévue pour
l'appareillage. En début d'après midi, nous franchissons la zone de
récifs pour pointer de nouveau notre étrave vers le large. Le vent est
calme, la houle paisible. En fin d'après midi, un gros iceberg tabulaire
droit devant nous indique que nous ne sommes plus loin de la baie de
Disko que nous devrions atteindre demain en début d'après midi. |
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5 juillet (heure
de bord = TU - 2)
Sissimiut (66°56' N - 053°40' W), 23h20 heure locale
La houle de sud persiste alors que nous gagnons patiemment contre le
vent. En milieu de nuit, un front de sud nous cueille à l'improviste. La
bourrasque est musclée, nos voiles ne sont pas adaptés à ces nouvelles
conditions et "Southern Star" se trouve pour un instant en situation
inconfortable. Après la manœuvre, tout rentre dans l'ordre et nous
reprenons la route en ligne directe poussés par le vent. Le soleil ne
disparaît pas de la nuit alors que nous sommes au sud du cercle polaire,
la réfraction est importante. 7h00, le GPS nous confirme que nous sommes
officiellement de retour au pays du soleil de minuit, nous passons le
cercle polaire que nous avions laissé au nord le 23 mai. En approche de
Sissimiut, la mer brise avec fracas sur les nombreux récifs alentours.
Le spectacle est fascinant, tout en restant concentré sur
l'atterrissage, nous profitons du privilège d'être aux premières loges. |
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4 juillet (heure
de bord = TU - 2)
65°57' N - 053°42' W
, 23h20 heure locale
L'après midi est déjà entamée quand nous appareillons, sortir du fjord
contre le vent nous prend beaucoup de temps. Au moment ou nous
commençons à sentir les premières ondulations du large, un souffle attire
notre attention. Deux baleines à bosse et un rorqual de Minke sont à
table. Leurs plongées sont fréquentes mais ne durent pas. Nous avons
ainsi le plaisir des les voir plonger à maintes reprises. Quand nous
décidons de continuer la route, il est déjà 20h30, dans deux heures,
nous aurons dégagé le réseau d'îles et de hauts fonds à travers lesquels
nous gagnons du nord. Une fois en mer, nous rétablissons la toile que
nous avions affalé pour le passage à travers les récifs. Le vent est au
nord, contraire mais paisible. Une grosse houle de sud nous confirme que
la tempête dans la région du cap Farvel n’est pas une rumeur. Nous
n'avons pas pu résister à l'envie de vous faire partager une vision du
fjord de l'éternité. La photo a été prise avant l'arrivée au mouillage
hier soir. |
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3 juillet (heure
de bord = TU - 2)
65°52' N - 052°49' W
, 23h30 heure locale
A peine couché, un front inattendu de sud nous apporte un brouillard épais et beaucoup de vent. Nous ne sommes pas abrités de ce secteur. La
mer ne lève pas mais les rochers ne sont pas loin derrière. Au bout
d'une heure, l'intensité du vent diminue et tout rentre dans l'ordre
paisiblement. Nous ne serons pas obligés de changer de baie. Au matin,
un chenal à l'intérieur des îles nous permet de gagner quelques milles
dans le
nord en restant protégés de la houle du large. Les glaciers sont
nombreux, peu d'entre eux arrivent jusqu'à la mer. En milieu de matinée,
le plafond qui était resté bas et
gris depuis hier soir se déchire et fait place à un ciel uniformément
bleu. L'occasion est rêvée pour l'équipe de tournage de sortir la grue
et faire des plans d'illustration. Nous sortons en mer, le vent est
calme. Nous avons douze milles seulement à gagner ainsi au nord avant
l'entrée du fjord de l'éternité que nous a conseillé notre ami Jens.
Notre planning nous permet cette diversion, nous y entrons. Le fjord est étroit, les deux rives sont formées par d'immenses falaises abruptes. Le
fjord n'est pas hydrographié, nous progressons en gardant un œil
attentif au sondeur mais le fond reste invisible.
Les glaciers
jaillissent des cols d'altitude et dévalent les pentes sans toutefois
atteindre les eaux du fjord. Nous sommes ici en contact avec
l'inlandsis. Là haut l'immensité blanche démarre et s'étend sur
l'ensemble du Groenland. Le fjord porte bien son nom, long d'une
cinquantaine de milles, il est composé de six tronçons donnant à chaque
fois l'impression d'atteindre le fond. Soudain, le sondeur se déchaine,
l'alarme indique des fonds à moins de cinquante mètres et oscille
rapidement entre huit et quarante mètres. Il s'agit probablement d'une
moraine. Nous ne prenons pas le risque de nous y échouer et faisons demi-tour à dix mille du bout. Nous avons parcouru vingt cinq milles en zone
non hydrographiée. Sur notre chemin de retour, nous trouvons une baie,
dans le sud, non loin de l'embouchure, qui offre de bonnes
caractéristiques pour pouvoir y mouiller. |
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2 juillet (heure
de bord = TU - 2)
65°27' N - 052°52' W, 23h00 heure locale
En mer, une légère houle de Nord / Nord-Ouest
nous indique que plus loin le vent souffle de cette direction
mais pour nous le calme continue. Quelques bancs de brume voilent
régulièrement
l'horizon.
Les équipes se succèdent sur le pont toutes
les trois heures et veillent attentivement les icebergs visibles
de loin en loin. L'étape est courte, une centaine de milles.
Finalement le vent se lève conforme à la houle, de face,
nous tirons des bords mais le courant nous porte. En approche
de Manitsoq, le ciel bleu revient, nous laissons le voile de
nuages au large.
Il est 20h00 quand nous jetons l'ancre dans
une petite baie, au cœur
des montagnes. |
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1er juillet (heure de bord = TU - 2)
64°03' N - 052°08' W
, 23h30 heure locale
9h00, nous sommes sur le quai où le camion de fuel peut venir pour nous
ravitailler avant le départ. Nous l'avons commandé hier, nous attendons.
Après un long moment, nous apprenons qu'un bateau de la navy est servi
avant nous et a besoin de 100 000 litres. Nous en profitons pour finir
de graver les derniers CD et DVD de photos qui vont partir par la poste
et pour numériser les dernières images dont les originaux seront envoyés
à Paris. Nos amis, Jens et Roar nous aident dans nos démarches. Les
pleins sont achevés en début d'après midi mais il est finalement 21h00
quand nous appareillons. Il y a une semaine, quand nous sommes arrivés à
Nuuk, nous n'aurions jamais imaginé qu'il serait si difficile d'en
partir. Le temps est calme sur le fjord, seul le pied des montagnes
reste visible, le ciel est uniformément gris et la mer libre de glace.
Nous sommes en route depuis une heure à peine quand nous reconnaissons
le Cessna de Jens qui approche en rase motte, il vient nous faire un
dernier au revoir. C'est un moment plein d'émotion. Il virevolte un
instant autour de nous et s'en retourne vers l'aéroport. Nous nous
retrouvons seuls, en route vers Manitsoq, notre prochaine escale. |
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