Expedition Around North America

Journal de bord
Etape 10 :
Sitka (Alaska) - Vancouver (Canada)
(14 -24 octobre 2008 )

Expedition Around North America
Editorial d'Olivier Pitras
Expedition
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Etape 10
Sitka (Alaska) - Vancouver (Canada)
( 14 - 24 octobre 2008 )

Jeudi 23 et vendredi 24 octobre 2008
heure de bord = TU – 7
Musée Maritime de Vancouver, Vancouver, BC
49°16’,7N – 123°08’,8W
23h00 heure locale

Le temps est calme et la météo ne prévoit pas de changement jusqu’à l’arrivée. Nous passons la majeure partie du « Johnstone Strait » de nuit. C’est une déception car des orques sédentaires habitent le détroit et nous aurions de grandes chances de pouvoir les observer. Nous n’avons toutefois pas le temps de ralentir l’allure, nous continuons donc vers le « Seymour Narrow » et se courants violents. En approche, nous prenons de plus en plus de vitesse, les éléments sont avec nous. Au dernier quartier de lune, les marées ne sont pas fortes mais nous avons tout de même 7 nœuds de courant dans la partie la plus étroite. Nous débouchons ainsi à grande vitesse dans le «Georgia Strait». La journée est magnifique. Une petite brise de nord-est nous pousse paisiblement vers notre destination. Nous pensons désormais pouvoir être à l’heure. Un peu avant midi, plusieurs souffles apparaissent non loin de nous, ce sont des orques. Certains passent à moins de dix mètres du bateau, l’équipage est aux anges. Nous restons ainsi pendant plus d’une heure en leur compagnie. Ce sont les orques qui viennent à nous, ce sont des animaux curieux. Nous sommes désormais dans un plan d’eau large. La nuit se passe sans grand événement majeur. Les discussions vont bon train sur nos chances d’arriver à l’heure ou pas. Les éléments restent avec nous, les courants sont favorables. Au petit matin, nous sommes à quarante milles du but. Vers 12h00 un léger vent contraire s’établit mais nous sommes tout prés du but. Bientôt nous apercevons les premiers voiliers du «Blue Water Cruising Association» qui viennent à notre rencontre. Enfin à 15h15 nous passons devant la pointe Atkinson. Le rendez-vous était fixé à 15h00. Tout en tirant des bords dans « English Bay » vers le Musée Maritime de Vancouver où nous sommes attendus, nous nous laissons porter par la joie d’être accueillis aussi chaleureusement et d’avoir pu arriver à l’heure. Une équipe de CBC, la télévision Canadienne, monte à bord pour une interview. Une heure plus tard, nous amarrons «Southern Star» sur le ponton du Musée Maritime et achevons ainsi la dixième étape de l’expédition. Nous avons parcourus 9535 mille nautiques depuis Tromsø (17 658 kilomètres).

Ont participé à cette étape :
En arrière plan de gauche à droite :

Olivier Pitras (France)
Laurent Cérésoli (France)
Peggy Vaugelade (France)
Michel Tréguier (France)
Odile Tréguier (France)
Philippe Loison (France)
Bernard Dousset (France)
Pierre Gamet (France)

En avant plan de gauche à droite :

Lydie Pacteau (France)
Vincent Berthet (France)
Vonne Blanchet (France)
Jean Fribourg (France)
Jeanne Cossard (France)

Orque-Philippe Loison
Orque dans le Georgia Strait
Photo Philippe Loison
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Équipage Sitka-Vancouver
L'équipage de cette 10è étape
Photo Aventure Voyages Vancouver
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Mercredi 22 octobre 2008
( heure de bord = TU –7)
Broughton Strait, Vancouver Island.
50°33’N – 126°51’W
23h00 heure locale

Au réveil, le vent souffle toujours furieusement dans le «Queen Charlotte Strait». L’équipage en profite pour aller se dégourdir les jambes alentour. Nous sommes dans les starting blocks, prêts à bondir à la première occasion. Enfin la rotation du vent qui précède l’accalmie arrive en milieu d’après midi. Nous larguons les amarres sans tarder et prenons la route vers le dédale de chenaux qui mènent jusqu’au «Georgia Strait» séparant dans sa moitié sud-est l’île de Vancouver du continent. Les grains et la pluie sont toujours au rendez-vous mais n’ont plus la violence de la veille. Au fil des heures, le vent s’estompe et nous voguons paisiblement sur un plan d’eau calme. La nuit est noire et les chenaux sont étroits mais désormais l’équipage est rompu à ce type de navigation. Tout est tellement plus simple quand il fait beau. La fin de soirée nous trouve au sud des îles Pearse à courte distance de «Beaver Cove». Notre avance est correcte mais nous sommes encore loin de Vancouver. L’idéal serait que l’on puisse arriver vendredi vers 15 heures devant la pointe Atkinson afin d’honorer le rendez-vous que nous ont donné quelques voiliers de la «Blue Water Cruising Association» en guise de comité d’accueil. La partie est serrée. Quoi qu’il en soit, nous faisons de notre mieux pour grappiller mille après mille la distance qui nous en sépare.
Wednesday, October 22sd 2008, time onboard = UTC – 7


Corvée de patates...
Photo Vincent Berthet
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Mardi 21 octobre 2008
( heure de bord = TU – 7)
Port Hardy, Ile de Vancouver
50°434N – 127°29’W
22h00 heure locale

Deux heures avant l’aube, au sud du Fitz Hugh Sound, nous atteignons la mer ouverte. Le ciel est en partie dégagé. La lune permet de distinguer chaque îlots et rochers nombreux dans les parages. Quand le jour se lève, le vent commence à souffler gentiment au sud-est, annonçant le coup de vent imminent. La partie est serrée. Si la bourrasque nous cueille devant le Gordon Channel qui sépare l’île de Vancouver du continent, nous serons contraints de refaire un grand chemin en arrière pour trouver un mouillage bien protégé. En revanche, si les éléments nous permettent de rejoindre les premières îles du détroit nous pourrons y prendre un mouillage d’attente. Le jeu en vaut la chandelle car nous n’avons plus beaucoup de marge pour espérer arriver dans les temps à Vancouver.
Le vent reste maniable jusqu’au niveau de Pine Island puis se renforce au point de nous arrêter sur place. Il est 8h00. Le courant, n’est pas conforme au prévisions. Nous changeons notre plan de route en pointant sur le «Browning Passage» entre les îles Balaklava et Nigei pour rejoindre le canal Goletas où nous espérons trouver un courant plus favorable. Le passage très étroit nous donne un moment de répit. La pluie à repris de plus belle. En arrivant dans le canal Goletas, le courant n’est pas avec nous mais nous y trouvons des vagues moins courtes, plus maniables. Nous reprenons notre route d’escargot. En milieu de journée le vent redouble et souffle en tempête. Nous restons coller à la côte de l’île de Vancouver et tirons nos bords sur une bande de 800 mètres environ. Sur le bord à terre, nous virons à la limite des brisants pour exploiter au maximum cette zone relativement plus calme.
Partout ailleurs, nous serions contraints de naviguer sur la peau du diable. Ainsi, petit à petit nous gagnons sur la route. « Southern Star » prend son mal en patience et accomplit un fantastique travail en passant chaque vague courte et abrupte. Devant tant d’adversité, nous décidons de relâcher à Port Hardy si toutefois nous y arrivons. Nous mettons 6 heures à parcourir les 6 milles qui nous séparent de l’entrée.
Enfin, nous passons la pointe Duval et pouvons faire route vers le fond de la baie. L’abri est parfait, le vent se calme au fur et à mesure que nous avançons. Dans le port, seulement quelques rafales sifflent dans le gréement alors que là haut dans le ciel, les nuages mènent une danse sur un tempo endiablé. Nous trouvons un ponton où sont amarrés quelques bateaux de pêche.
Il est 18h20, nous sommes passés.

Gros temps / Stormy weather-Photo Vonne Blanchet
Gros temps
Photo Vonne Blanchet
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Lundi 20 octobre 2008
(heure de bord = TU –7)
Wright Sound, Inside Passage
53°20,5’N – 129°33’W
22h20 Heure locale

Notre avance est d’une lenteur déconcertante, les rafales et les tourbillons de courant se jouent de nous dans cette nuit d’encre. Nous sommes à l’affût du moindre repère visuel qui pourrait nous faire lever le nez des instruments de navigation mais nous ne trouvons rien de satisfaisant. Nous progressons l’œil rivé sur les écrans. Nous passons quelquefois à moins de cent mètres du relief sans même en apercevoir la moindre apparence.

Relâche dans le Inside Passage
Photo Vincent Berthet
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Les canaux dans lesquels nous sommes engagés sont étroits, le danger de la côte est omniprésent, nous ne sommes jamais a plus d’un kilomètre des berges. A deux heures du matin, sous une pluie battante qui n’a pas cessé depuis le départ, nous apercevons le phare de Watson Rock qui marque l’entrée du Greenville Channel. Ce chenal, très étroit et parfaitement rectiligne, fait 80 kilomètres de long. Nous nous y engageons, le courant ne correspond absolument pas aux informations que nous donnent les documents officiels.
« Les conditions météorologiques peuvent engendrer des différences entre les marées prédites et les marées observées. Ces différences résultent surtout de variations de la pression atmosphérique et des vents soutenus » . Cette phrase anodine inscrite dans la table des marées et courants du Canada explique tout. Le baromètre oscille comme un yoyo et le vent contraire est puissant. En quatre heures, nous réussissons à parcourir 8 kilomètres seulement. De guerre lasse, nous décidons de relâcher dans une petite anfractuosité de la côte. Nous y trouvons des conditions relativement clémentes, il est 06h00 du matin. Nous établissons un tour de veille et prenons quelques heures de repos. A midi, nous repartons et trouvons les mêmes conditions, le vent est toutefois moins fort. Ayant compris qu’il ne sert à rien de vouloir faire des prévisions concernant le courant, nous occupons le terrain en attendant des jours meilleurs. Enfin la roue tourne, il est 16h00 et notre vitesse augmente au fur et à mesure que le vent tombe. Bientôt nous sommes à bonne vitesse en route vers la sortie encore lointaine de notre couloir végétal. Il est 22h00 quand nous en sortons. Le Wright Sound avec ces 3,5 kilomètres de large nous donne l’impression d’être un vaste plan d’eau. La pluie continue de plus belle mais l'accalmie nous permet de souffler un peu.
Nous avons de nouveau une fenêtre de trente heures jusqu'à la prochaine dépression.

Dimanche 19 octobre 2008
(heure de bord = TU –7)
Fitz Hugh Sound, Inside Passage
51°46’,5N – 127°55’W
22h50 Heure locale

Nous conservons une bonne allure et rejoignons rapidement d’autres canaux étroits du nom de McKay, Fraser, Graham, Heikish. Nous croisons un remorqueur tirant sa barge lourdement chargée. Un échange de quelques mots par radio nous permet d’ajuster nos routes respectives. Le vent est désormais calme, les milles défilent paisiblement. Le courant, en notre faveur, persiste bien au delà des prévisions, nous ne sommes pas à plaindre. C’est le juste retour des heures passées à piétiner sur place.


Pluie...
Photo Vincent Berthet
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On dirait que l’ensemble du golfe d’Alaska s’est rempli pendant le coup de vent de sud-est et qu’il se vide désormais d’un coup d’un seul ! En deuxième partie de nuit, la lune se lève et nous accompagne jusqu’au petit matin, nous pouvons par moment barrer à vue. C’est agréable de lever la tète de temps en temps. L’aube est souriante, quelques rayons de soleil égayent notre univers jusqu’alors plombé et humide. Le chenal Finlayson est plus large et nous mène au « Milbanke Sound » où nous
passons un instant à l’ouvert avant de nous réengager dans le « Seaforth Channel » et retrouver le calme des chenaux intérieurs. Nous y mouillons pendant deux heures pour profiter du soleil et partager un repas tous ensemble. Dans le « Lama Passage » le tapis roulant est toujours avec nous, c’est merveilleux, nous arrivons rapidement au « Fisher Channel » qui nous permet de plonger directement au sud dans le prolongement du « Fitz Hugh Sound ». Cet enchaînement inespéré de canaux, nous permet d’envisager de pouvoir rejoindre le nord de l’île de Vancouver avant le prochain coup de chien qui devrait commencer à sévir demain en début d’après midi.

Samedi 18 octobre 2008
(heure de bord = TU –7)
Arthur Pass, Inside Passage
54°02’N – 130°14’W
22h35 Heure locale

En deuxième partie de nuit les grains disparaissent et font place à un ciel constellé d’étoiles. Le vent gagne en stabilité. Au sud, l’île de Graham nous protège désormais de la houle, nous avançons sur une mer calme. Après les péripéties des derniers jours, nous apprécions grandement notre situation actuelle.
Au petit matin nous nous engageons dans «Brown Passage» entre les îles Stephens et Melville. Les reliefs sont couverts d’arbres. Au loin quelques sommets sont enneigés. La navigation demande ici une attention toute particulière, les hauts fonds sont nombreux et le courant capricieux dans ces chenaux étroits.
Nous arrivons en fin de matinée à Prince Ruppert. Le village lui même n’est pas visible du port. Seul un quartier résidentiel surplombe les quais. Après un échange de coups de fil avec le Service des Douanes et d’Immigration, notre entrée au Canada est validée sans la moindre visite à bord. Nous retrouvons avec plaisir le sens de l’hospitalité canadien. Nous pouvons poursuivre notre route vers le sud. Les mauvaises prévisions météo nous incitent à rester dans les canaux intérieurs. En quittant le port, le vent est déjà violent, la nuit tombe. Nous navigons entre les hauts fonds jusqu’au passage de Malacca, avant de nous engager dans « Arthur Pass » entre les îles Harmer et Helliott.

Prince Ruppert-Photo Vincent Bethet
Prince Ruppert, British Colombia
Photo Vincent Berthet
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Jeudi 16 et vendredi 17 octobre 2008
(heure de bord = TU – 8)
Dixon Entrance, eaux canadiennes
54°32’N – 132°15’W
20h30 Heure locale

Durant la nuit, quelques violentes rafales nous chahutent au mouillage, la pluie diluvienne n’a pas de cesse. En milieu de nuit une accalmie relative nous permet de prendre quelques heures de repos. Au petit matin, tout semble calme dans notre baie. Nous appareillons.
Dehors le vent est encore bien établi, la mer est toujours énorme, nous poussons quand même pour essayer d’avancer un peu et bien nous positionner pour la renverse. La fenêtre météo est courte, nous avons une trentaine d’heures devant nous pour gagner les canaux canadiens avant que ne

Sandy Bay, Baranof Island, AK-Photo Vincent Berthet
Fou de Bassan
Photo Vincent Berthet
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s’abatte sur nous un autre coup de vent de sud-est encore plus fort que celui que nous sommes en train de difficilement négocier. A bord tout est humide, les lames déferlent sur le pont, l’équipage est au service minimum.
Un jeune fou s'abrite sur le pont ; il se met sur la plage arrière bien à l'abri du vent. Nos allées et venues ne le dérangent pas, c'est pour lui une question de vie ou de mort. Nous le rassurons par des paroles douces en lui disant qu'il est le bienvenu. Enfin la renverse tant attendue arrive en cours de nuit et nous pouvons faire route directe vers le sud-est. C’est un temps à grains, le vent est irrégulier et nous oblige à de fréquentes manœuvres, nous sommes fatigués. Nous quittons l’Alaska vendredi en milieu de journée et entrons dans les eaux canadiennes de Dixon Entrance, qui marque la séparation de l’archipel Alaskan avec les îles canadiennes de la Reine Charlotte. Notre compagnon de fortune s'envole vers son destin.
Nous nous dirigeons vers Prince Ruppert où nous prévoyons de faire notre entrée au Canada. La nuit promet d’être longue, le temps est toujours aussi instable, les grains se succèdent. Le vent est tout de même plus calme et nous retrouvons une activité normale, repas partagé, discussion sur la suite du parcours.

Mardi 14 et mercredi 15 octobre 2008 (heure de bord = TU – 8)
Sandy Bay, Baranof Island, Alaska
56°28’N – 134°57’W
10h00 Heure locale

10h00 Mardi, nous partons comme convenu de Sitka sous une pluie battante et un vent grand frais contraire. Malgré une mer grosse et un vent irrégulier sous grain, nous espérons pouvoir dégager la côte Ouest de l’île Baranof avant l’arrivée du coup de vent. Pourtant, la mer, le vent et les courants en décident autrement. Après une nuit inconfortable et particulièrement humide, nous sommes contraints de relâcher dans le petit mouillage de Sandy Bay situé sur la côte au vent de la même île. L’approche se fait dans une mer très grosse, la visibilité est mauvaise. A l’entrée de la baie, un haut fond à 12 mètres pourrait y faire briser les lames qui rentrent directement dans la passe. De toute part, la mer brise furieusement sur les rochers. Nous avançons prudemment au radar.
Dès la passe franchie, nous trouvons des eaux plus calmes mais il faut faire un autre demi mille pour être complètement protégé du large. Nous mouillons dans une petite anse où nous avons juste la place pour éviter. Il est midi, mercredi. Nous employons l’après midi à reprendre le bateau en main et à bricoler. En cours d’après midi, le coup de vent arrive. De violentes rafales balayent notre baie. Nous gitons à chacune d’elles. La pointe Sud de l’île n’est qu’à une vingtaine de milles. Les distances sont très relatives en navigation. Demain le coup de vent devrait être passé. Nous espérons pouvoir reprendre la route.

Sandy Bay, Baranof Island, AK-Photo Vincent Berthet
Sandy Bay, Baranof Island, AK
Photo Vincent Berthet
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